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9 février 2010
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| Partir en Palestine, agir, témoigner, rompre l'isolement : des citoyens avec le peuple palestinien |
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Et maintenant, la partie difficile commence !
Erica Silverman - Al Ahram weekly
publié le mardi 20 septembre 2005. Alors que l’impasse autour du point de passage de Rafah persiste, les habitants de Gaza trouvent un peu de liberté gâchée par la violence.
Submergés ce lundi matin par l’émotion suite au retrait de la Bande de Gaza de l’armée israélienne, des milliers de Palestiniens ont envahi les colonies évacuées inaugurant ainsi ce que l’Autorité Palestinienne a appelé, une semaine de jubilation et ce malgré le fait que les célébrations aient commencé après une semaine de violence interne. La situation sécuritaire à Gaza se détériore rapidement. La semaine dernière, six habitants de Gaza ont été tués et 89 autres blessés suite à des violences internes provenant de disputes familiales, de l’explosion d’un site stockant des armes du Hamas et d’une opération montée par le Comité Populaire de Résistance (PRC -Popular Resistance Committee) ; des niveaux de violence semblables à ceux éprouvés lors des incursions israéliennes. Dans la nuit de jeudi dernier, des membres masqués du PRC (un groupe qui chapeaute plusieurs factions de résistance) sont passés du côté sombre de la rue au côté éclairé afin de choisir le meilleur endroit pour leur conférence de presse afin d’annoncer la libération de Manhal Arafat, un officiel de sécurité de l’Autorité Palestinienne (AP), qu’ils retenaient en otage depuis presque deux jours. Sa libération avait été négociée par une délégation égyptienne à Gaza sous condition qu’il soit poursuivi pour des présumés crimes, notamment de détournements. Deux jours plus tard, des membres du PRC ont traîné son père, Moussa Arafat, ancien chef de la sécurité et tête de l’intelligence militaire, dans la rue et l’ont abattu. « Nous avons exécuté une opération bien planifiée dans l’un des quartiers de Gaza le plus sûr et bien gardé » a annoncé le dirigeant du PRC, Abu Radwan. L’opération du PRC a été considérée comme un acte de vengeance tribale, teintée d’appels pour la justice et de lutte contre la corruption. Les officiels palestiniens tout comme le public méprisent Moussa qui exerçait encore un pouvoir derrière la scène. « La mauvaise volonté de l’Autorité Palestinienne pour lutter contre la corruption a poussé les gens à prendre eux-mêmes la loi en main » a déclaré le porte-parole du Hamas, Mushier Masri. L’opération du PRC a duré 30 minutes à moins de 300 mètres de la résidence d’Abbas, opération pendant laquelle les forces de sécurité n’ont pas réagit. Le PRC en a ouvertement revendiqué la responsabilité. Certains analystes craignent que si le président Abbas et le Ministre de l’Intérieur de l’autorité Palestinienne ne réagissent pas rapidement, l’Autorité Palestinienne apparaîtra comme avoir perdu tout contrôle et donnera l’impression que de tels actes de violence ne sont pas sanctionnés. En effet, il y a à Gaza un sentiment d’anarchie alors que les factions, les familles et les officiels de l’Autorité Palestinienne eux-mêmes ont recours à des mécanismes illégaux pour résoudre leurs griefs. La semaine dernière, des ouvriers au chômage à Khan Yunis ont lancé des grosses pierres sur des officiers de sécurité de l’AP pour protester contre leur situation tandis que le lendemain, des officiers de police de l’AP ont mis le feu à des pneus dans les rues de la ville de Gaza pour demander une hausse de salaire. Les Nations Unies (UN) ont évacué tout le personnel étranger depuis que ceux-ci sont devenus des cibles potentiels au sein de la vague de kidnappings, le dernier en date étant un journaliste italien qui a été pris en otage samedi par les Brigades des Martyrs d’Al-Aksa. Il n’a pas été fait de mal aux personnes kidnappées mais à plusieurs occasions, des officiels de l’AP eux-mêmes ont été impliqués dans les enlèvements et à ce jour, les crimes sont restés impunis. « L’Autorité Palestinienne doit renforcer la loi et si les officiels de l’AP enfreignent la loi ils doivent alors être tenus responsables » a déclaré le porte-parole du Hamas, Masri. Il y a quatre mois, le Général Ala Hosni, chef de la police pour la Cisjordanie et Gaza, est arrivé dans la ville de Gaza pour réhabiliter une force de police en décrépitude. Il y a trois mois, 14 services de sécurité ont été réunis en trois sections sous un commandement unique rattaché à la plateforme nationale d’Abbas et ils sont toujours en pleine restructuration. Les forces de sécurité de l’AP ont besoin de moyens énormes, a expliqué Hosni, et à ce jour, Israël a refusé l’entrée d’équipements et d’armes en Cisjordanie et Gaza : tout, en passant par les balles, les gilets pare-balles et les véhicules. « Comment suis-je supposé confisquer les armes du Hamas sans en posséder moi-même ? » demande Hosni. Le Hamas et d’autres factions ont refusé de désarmer, prétendant que Gaza est toujours occupée et que l’AP n’est pas assez forte pour protéger la cause palestinienne. Les habitants de Gaza ont aussi amassé des armes pour leur propre sécurité en sachant que l’AP pourrait ne pas être capable de réagir à l’anarchie. « Ces derniers cinq jours, le pays s’est transformé en une forêt d’armes, distribuée sous l’emblème de résistance à l’occupation » a déclaré le Général Hosni. Selon les Accords d’Oslo, le Ministère de l’Intérieur a été établi pour pourvoir à la sécurité d’Israël alors que ce système même, avec toute l’infrastructure sécuritaire de l’AP, a été sous attaque constante d’Israël durant ces cinq dernières années. Avec l’après retrait, la situation restera la même tant qu’Abbas ne tirera pas un trait et ne rendra pas responsable les familles et les factions ou que tant que le Hamas ne réussira pas aux élections législatives de janvier. Le Hamas joue son propre rôle en amenant la sécurité et en négociant entre l’AP et les différentes factions. « Le Hamas commence par lui-même, nous sommes bien disciplinés et n’avons jamais utilisé la force contre les Palestiniens » a noté Masri. Le Hamas qui a aussi la réputation d’éviter la corruption et d’avoir fait ses preuves en pourvoyant aux besoins vitaux, a été renforcé par les élections municipales et apparaît aujourd’hui comme une alternative viable à l’Autorité Palestinienne. En élargissant le tableau, les négociations autour du point de passage de Rafah (seul accès pour les Palestiniens au monde extérieur) restent dans une impasse. Lors d’une réunion le 7 septembre, Diana Buttu la conseillère juridique de Mohammed Dahlan (le ministre de l’AP aux affaires civiles) a dit au Al-Ahram qu’Israël avait annoncé que le point de passage resterait fermé pendant six mois. Les Palestiniens qui sont hors du pays vont se retrouver coincés, d’autres piégés à l’intérieur et la possibilité de traverser requise pour les élections à venir s’arrêtera. Israël fait pression sur les Palestiniens pour qu’ils acceptent le déplacement du point de passage vers un nouveau emplacement où Gaza, l’Egypte et Israël se rejoignent : Kerem Shalom. Quels jetons qu’Israël a-t-elle jetés sur la table ? Un : si les Palestiniens n’acceptent pas le déplacement du point de passage à Kerem Shalom, Gaza devient alors une prison fermée pour la durée de 6 mois ce qui minera l’autorité de l’AP et augmentera le soutien pour les factions qui ont juré de résister. Deux : Israël ne permettra pas que les décombres des colonies démolies soient enlevés, ce qui laissera une grande partie de la Bande de Gaza devenir un dépotoir. Trois : les marchandises produites dans les serres de Gaza ne pourront pas être exportées vers les marchés européens et, si elles sont limitées au marché intérieur, ce sera un échec. Quatre : Israël cassera l’union douanière en créant un système de double taxation ce qui signifie que les marchandises seront taxées en entrant à Gaza et à nouveau en entrant en Cisjordanie. Le même système de « dos-à-dos » qui a étranglé l’économie palestinienne, système qui faisait que les marchandises déchargées et chargées sept fois en chemin, restera en place et finalement, Israël supprimera un passage sûr entre la Cisjordanie et Gaza. Si les Palestiniens tombent d’accord pour que le point de passage soit déplacé à Kerem Shalom, un Palestinien voyageant en partance de Rafah vers l’Egypte, au lieu de voyager sur une distance d’environ 1.5 kilomètres vers le point de passage de Rafah, il (ou elle) serait obligé de voyager en passant par le check-point d’Erez (obligatoire) à la pointe Nord de Gaza, sortir en Israël puis voyager de retour vers le point de passage de Kerem Shalom : un trajet d’au moins 120 kilomètres qui nécessite d’avoir un permis pour entrer en Israël, ce qui n’est pas prêt d’arriver. « Il ne pourra plus y avoir de voyages si nous acceptons cela » avertit Buttu. L’Egypte, tout comme l’Autorité Palestinienne, a rejeté la proposition israélienne de déplacer le point de passage aussi loin. Entre-temps, le cabinet israélien a annoncé que Gaza n’était plus occupée, ce à quoi le ministre Dahlan a répondu : « En se réservant la possibilité d’envahir la Bande de Gaza et en maintenant le contrôle sur l’espace aérien palestinien, les eaux territoriales et ce qui est encore plus important, de ses frontières, Israël va continuer son autorité militaire sur les Palestiniens. » Dimanche, le ministre Dahlan et les officiels de l’AP ont refusé de participer à la cérémonie israélienne de cession qui marquait leur retrait, envoyant par cela un message aux habitants de Gaza signifiant que le contrôle militaire et économique israélien n’avait pas pris fin. A l’intérieur de la Bande de Gaza même, les habitants sont en train d’en accepter la géographie : « Tout est ouvert, ce n’est plus Gaza » s’est exclamé Mahmoud Habboush, un membre d’une organisation d’aide humanitaire islamique tandis qu’il faisait le trajet le long de la route Salah al-Din, la principale voie de communication Nord-Sud, afin d’atteindre la ville de Gaza. Agé de 24 ans, c’était son premier jour à Gaza sans présence militaire israélienne. Les habitants de Gaza profitent de leur premier goût de liberté après 38 ans, récupérant la terre colonisée puisque les check-points sont ouverts, les familles réunies et les enfants de Khan Yunis et de Rafah voient pour la première fois la mer à partir de leurs propres rivages. Erica Silverman - Al Ahram weekly
15 au 21 septembre 2005 - Cet article peut être consulté à :
http://weekly.ahram.org.eg/2005/760... Traduction : Ana Cléja |