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Interview d’Abdul Razeq, Ministre Palestinien des Finances

Khalid Amayreh
publié le samedi 8 juillet 2006.

Omar Abdul Razeq est Ministre des Finances du gouvernement palestinien. Il y a quelques jours, il a été kidnappé par les forces d’occupation israéliennes.

Omar Abdul Razeq, ancien professeur d’économie et aujourd’hui Ministre des Finances du gouvernement palestinien confronté au blocus financier international fait tout ce qui est en son pouvoir pour ouvrir une brêche dans le siège financier imposé par Israël et les Etats-Unis contre le gouvernement dirigé par le Hamas.

« Je cherche dans tous les coins et recoins une solution, voir un simple répit, pour nous soulager de cette crise », nous dit-il avec un ton apparent de frustation dans la voix. Abdul Razeq avait pensé que la solution se trouvait au prochain croisement au début du mois de mai lorsque suffisament d’argent avait été trouvé pour payer les salaires des quelques 165 000 employés qui n’avaient alors pas été payés depuis deux mois.

Mais cet optimisme s’est évanoui rapidement, laissant la place à la frustation et à un sentiment d’abandon lorsque les Etats-Unis ont sorti une nouvelle arme en menaçant les banques de sanctions si elles transféraient de l’argent aux Palestiniens. Le message était très clair : la pression sur les Palestiniens devait être maintenue jusqu’à l’effondrement du gouvernement dirigé par le Hamas.

Palestine Times : Quand allez-vous verser les salaires des 165 000 employés ? Vous devz assurément être dans une situation très inconfortable ?

Abdul Razeq : « Inconfortable » est certainement un mot faible. Nous travaillons jour et nuit pour assurer ces paiements, et j’espère que nous serons très prochainement en mesure de payer ces salaires.

Q : Mais vous-même et d’autres responsables Palestiniens avez dit cela il y a déjà plusieurs semaines, et rien ne s’est matérialisé ; les employés et leurs familles veulent leurs salaires et non pas des promesses.

R : Oui, oui, je comprend cela trop bien. Mais je vous assure, et je suis sûr que notre peuple est parfaitement au courant de cela, que nous faisons tout notre possible pour surmonter cette crise. La semaine passée, nous pensions que le plus dur était derrière nous lorsque nous sommes arrivés à nous procurer assez d’argent pour ces salaires, mais les américains ont subjugué les banques, leur interdisant de tranférer cet argent dans les territoires occupés.

Q : Les banques sont-elles vulnérables face aux menaces américaines ?

R : Oui, depuis qu’elles ont recours aux « banques de correspondance » aux Etats-Unis pour faire tout type de transaction en dollars dans n’importe quelle partie du monde.

Q : C’est une forme moderne d’esclavage !

R : Appelez cela comme vous voulez, mais c’est bien ce à quoi cela ressemble.

Q : Quel montant d’engagement financier aviez-vous pu obtenir jusqu’à ce moment-là ?

R : On nous avait promis des centaines de millions de dollars. L’Iran et l’Arabie Saoudite avaient promis 100 millions de dollars US chacun. La Lybie avait aussi promis un montant non encore défini.

Q : Mais combien d’argent avez-vous réellement en main ?

R : Dans nos mains nous n’avons rien. Mais nous avons déjà reçu par contre environ 70 millions qui sont en attente sur un compte spécial à la Ligue Arabe au Caire.

Q :Certains pays arabes ont été réticents à vous aider, craignant apparemment des sanctions de la part des américains ?

R : Je ne sais pas. Ce n’est pas certain que ce soit par peur de sanctions américaines. Ces procédures prennent habituellement un certain temps.

Q : Pourquoi est-ce que vous ne solutionnez pas tous ces problèmes en acceptant simplement les trois conditions posées par l’Occident pour qu’il soit mis fin au siège (reconnaître l’état juif, désarmer la résistance et accepter les accords précédents) ?

R : Quel Israël voulez-vous que nous reconnaissions ? Celui qui va du Nil à l’Euphrate ? Celui qui a annexé les hauteurs du Golan ? Celui avec Jérusalem-est ? Avec les colonies ? Je vous met au défi de me dire où sont les frontières d’Israël. Ou alors vous voulez me vendre le poisson qui est encore dans la mer ?

Q : Je parle des frontières de 1967.

R : Est-ce qu’Israël reconnait les frontières de 1967 ? Pouvez-vous me citer un seul gouvernement israélien qui ait jamais dit vouloir revenir aux frontières de 1967 ?

Q : Combien d’argent avez-vous reçu des Iraniens ? Et ne craignez-vous pas que « la connexion iranienne » ne vous affaiblisse ?

R : Concernant les détails de la contribution iranienne, ils sont encore en train d’y travailler. Et en ce qui concerne ce que vous appelez « la connexion iranienne », je voudrais vous demander ce que nous sommes supposés faire ? Nous laisser mourir de faim ? Les Iraniens sont nos frères et en tant que Musulmans ils sont dans l’obligation d’être à nos côtés.

Q : Vous êtes-vous préparés à un éventuel effondrement financier de l’Autorité Palestinienne ?

R : Il n’y aurait pas qu’un effondrement financier, mais un effondrement de tout le système.

Q : Mais avez-vous des plans alternatifs, par exemple ?

R : Nous sommes sous une occupation étrangère et nous prenons les choses comme elles viennent.

Q : A votre avis, quelles seraient les ramifications et les répercussions d’une disparition de l’Autorité Palestinienne ?

R : Je pense que ce serait un effondrement complet. Il y aurait du chaos et de la violence dans toute la région. En résumé, le Hamas ne serait pas le seul affecté, mais tout le monde le serait, et je dis bien tout le monde.

Q : Pensez-vous qu’Israël, les Etats-Unis et l’Union Européenne veulent la disparition de l’Autorité Palestinienne ?

R : Je n’irai pas jusque là. Mon impression est qu’ils veulent voir émerger un gouvernement palestinien faible qui soit soumis aux diktats israéliens et aux pressions américaines. En clair, ils veulent un gouvernement qui soit à la botte d’Israël, un gouvernement qui accepterait de brader les principaux droits des Palestiniens en échange d’argent et d’une simple survie.

Q : Qui serait à blâmer d’un échec de l’Autorité Palestinienne et de ce qui s’ensuivrait ?

R : Asssurément Israël et les Etats-Unis. Les Musulmans à travers le monde voient les Etats-Unis comme une puissance diabolique vouée à faire souffrir et à tourmenter les Musulmans. Beaucoup de gens ont aussi perdu foi dans le modèle démocratique occidental.

Q : Combien d’argent palestinien les israéliens ont-ils détourné ?

R : Je dirai environ 300 millions de dollars.

Q : Est-ce que vous prélevez des taxes locales et comment ?

R : Nous prélevons environ 30 millions de dollars par mois, et nous utilisons cette somme pour des dépenses courantes.

Q : Le président français Chirac a proposé la création d’un fond spécial par lequel l’aide étrangère parviendrait directement aux employés Palestiniens. Que pensez-vous de cette proposition ?

R : Nous la considérons positivement. Le problème est que les américains s’y opposent.

Q : Percevez-vous un salaire ?

R : Non.


Khalid Amayreh
6 juillet 2006 - Palestine Times - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.ptimes.org/Main/default....
Traduction : Claude Zurbach

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