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9 février 2010
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| Partir en Palestine, agir, témoigner, rompre l'isolement : des citoyens avec le peuple palestinien |
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« Nous ne voulons pas d’autres Palestiniens ici ! »
Nadia Hasan
publié le mardi 26 décembre 2006. " Je suis arrivée hier à Aqaba, en Jordanie, et ce matin, je me présente à la frontière à 8 h. Je suis nerveuse mais en même temps, je me sens bien, en train de réaliser quelque chose que j’ai prévu depuis longtemps."
Je franchis la frontière jordanienne sans problème et 15 minutes plus tard, je prends mon sac et commence à marcher vers le côté palestinien, contrôlé par Israël. Deux types armés attendent là et me demandent mon passeport. Ils se regardent et me demandent : « D’où venez-vous ? », alors que l’un des deux a mon passeport chilien dans la main. Ensuite, je me rends dans une salle d’interrogatoires ; deux autres officiers sont là et me posent des questions normales - euh, normales selon les normes israéliennes. Toutes ces questions tournent autour de mon nom de famille, pourquoi mon est Nadia Hasan si je suis musulmane. Je répond, non, je suis chrétienne. « Mais, pourquoi avez-vous un nom musulman ; pourquoi vous ne le changez pas ? » Vingt minutes encore et ils me laissent passer. Ils m’ont même dit : « Bienvenue en Israël, passez un bon séjour ici. » Je vais alors au contrôle des passeports, il y a un grand groupe de touristes. Chacun obtient son visa en moins de 5 minutes. Lorsque c’est mon tour, je reconnais un visage familier, la femme du guichet de contrôle est la même que l’an dernier, elle m’avait donné un visa pour un mois et m’avait dit « Si ça ne vous va pas, retournez au Chili. Nous ne voulons pas d’autres Palestiniens ici ! » Cette fois, tout parait normal. Elle me demande mon passeport et vérifie mon nom sur l’ordinateur. Mais ça fait plus de 2 minutes que ça dure. A ce moment, je comprends que mon nom est dedans, mais avec quelle information, je ne sais pas. Elle appelle un type, puis une autre femme, et encore un autre type. Tous discutent entre eux en hébreu, me jettent de temps en temps un coup d’œil, et relisent encore dans la machine. Je ne sais combien de temps ça dure, je suis si nerveuse. Un autre officier vient à moi et commence à parler en arabe. Je lui dis que je ne comprends pas, mais il continue à parler arabe. Puis il me dit : « Bonne chance » et me demande de retourner à la salle de contrôle. Mais... bien, pas comme un ordre, « Allez maintenant. » Je reviens dans la salle d’interrogatoire et là j’ai toute la sécurité israélienne autour de moi, plus de 15 personnes, aucun n’a plus de 22 ans, jouant un rôle important dans leur vie, avec le pouvoir entre les mains et devant eux, une terroriste. Je vois leurs yeux excités, ils attendent les ordres d’un homme plus âgé, un type avec un grand M16 à la main. Ils ouvrent tous mes sacs, les vident sur une table et commencent à tout vérifier, jusqu’au moindre objet. Une jeune femme me dit qu’elle doit fouiller mon corps ; avec un sourire, je lui réponds : « Ok, pas de problème ». Et tout en me fouillant, elle me chuchote : « Désolée, mais je fais mon travail, pouvez-vous ôter tous vos vêtements ? ». Je réponds : « Oui, mais je veux garder mon t-shirt (je ne veux pas montrer un tatouage) ». Cependant, elle me sonde entièrement : « Ecartez les jambes, fermez-les, asseyez-vous ici, debout et ouvrez vos jambes encore, etc. » Tout comme l’an dernier. Après, la femme de l’année dernière me demande si je suis déjà venue en Israël, je lui dis oui. « Pourquoi revenez-vous ? » J’ai des amis ici. « Des amis arabes ? » Non, des amis israéliens. « Israéliens ? » Sa figure change. Oui, des amis israéliens. Elle me demande leurs noms, je lui donne. Je suis alors questionnée sur mon autre passeport, un passeport que naturellement je n’ai pas. On m’interroge sur Gaza, sur Naplouse, et sur d’autres pays arabes, sur mon nom encore... Et puis elle me laisse seule, je regarde l’heure, il 10 h 30 du matin. Je pense que mon avenir en Palestine dépend de sa décision. J’aimerais fumer mais naturellement on ne m’y autorise pas, on me dit de m’asseoir là et d’attendre. J’attends toujours, nerveuse mais sereine en même temps. J’attends ce moment depuis que j’ai été refusée d’entrer dans mon pays d’origine, l’an dernier, six longs mois plus tôt. Je suis là une fois encore, prête pour une autre expérience. Je contrôle l’heure, il est 12 h 15. Je demande si je peux utiliser la salle de bains, mais ils me disent que non, s’asseoir et attendre. Après 10 minutes, la femme revient. Je voudrais crier, je sais qu’elle tient mes rêves dans ses mains. Elle me rend mon passeport, je prends mes sacs (après avoir remis tout à l’intérieur) et je commence à m’éloigner. J’ai des larmes plein les yeux, tous mes souvenirs de Palestine inondent ma tête et mon cœur. Je pense à chaque personne que j’ai rencontrée à Naplouse, à quel point je voulais y revenir, combien j’y suis attachée. Un homme m’arrête et me dit quelque chose que j’ai déjà entendu et que je ne voulais plus entendre : « Bienvenue en Jordanie ». Je suis de retour à Aqaba, la Palestine est devant moi, loin, plus loin que jamais. Je repasse la frontière jordanienne, une fois encore, mes sacs me paraissent plus légers qu’avant. Mes yeux sont en larmes, mais mes jambes sont plus solides. Ce que les Israéliens de l’autre côté ne veulent pas comprendre, c’est qu’à chaque fois qu’ils refusent un Palestinien à la frontière, ils reconnaissent que les Palestiniens sont d’ici. Ils se servent de leurs armes pour garder quelque chose qui ne leur appartient pas. Ils ont peur de nous regarder dans les yeux, d’admettre que nous sommes ici, tout près, et toujours nous serons tout près. La vérité, c’est que la Palestine existe. Nadia Hasan vit à Amman, en Jordanie, où elle attende de pouvoir retourner en Palestine. Elle fut expulsée une première fois par Israël en septembre 2005, et elle a écrit ce texte en mars 2006, après une troisième tentative de revenir en Palestine. Nadia Hasan
Amman, Jordanie - Live from Palestine
Publié le 15 septembre 2006 sur : http://electronicintifada.net/v2/ar... trad : CCIPPP |