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Saison trouble pour les serres de Gaza
Joshua Mitnick - The Christian Science Monitor

publié le samedi 29 octobre 2005.

Netzer Hazani, Gaza - Dans cette ancienne colonie juive, des rangées de tuyaux d’arrosage courent sur le sol sablonneux de la coquille vide d’une serre.
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Shahdeh Ajwah, qui avait travaillé dans les serres des colons juifs, se repose un moment après avoir enlevé des débris suite aux pillages du mois dernier.

Mais alors que Hatem Awad se prépare à planter les premiers plants de tomates depuis qu’Israël a remis ces plantations aux Palestiniens le mois dernier, les déchirures dans la bâche qui recouvre le cadre en métal de la serre, l’inquiètent.

« Si le vent souffle un peu ici, les jeunes plants s’envoleront » dit M. Awad qui a travaillé dans les serres auparavant pour les colons juifs évacués d’ici en août dernier. « L’hiver arrive demain et des maladies vont arriver et tuer les plantes ».

Espérant sauver les emplois de milliers de travailleurs agricoles palestiniens, des donateurs internationaux enrôlés par l’ancien président de la Banque Mondiale, James Wolfensohn, ont payé 14$ millions aux colons juifs la veille du retrait de Gaza. C’était avec l’espoir qu’ils laisseraient derrière eux au moins 324 hectares de serres où poussaient des fleurs et des produits agricoles, serres qui seraient prêtes pour les plantations de septembre.

Mais cet espoir a été compromis quand des pilleurs palestiniens ont endommagé beaucoup de ces serres, les vidant par exemple de leurs ordinateurs utilisés par les colons pour contrôler les récoltes. Les pompes d’irrigation ont été volées, les réseaux électriques bloqués et les bâches de protection pour les serres chauffantes, déchirées.

Selon les officiels palestiniens, les serres qui couvraient un quart des terres ont été endommagées lors des pillages après la cession. Les fermes récupérées ont un potentiel pouvant pratiquement doubler le rendement de l’industrie agricole locale, le secteur privé domestique le plus important du point de vue du revenu dans l’économie d’un milliard de dollars de Gaza.

Maintenant que les Palestiniens essayent de relancer une affaire agricole lucrative qui exporte aux USA et en Europe, les serres doivent faire face à un futur incertain. La sécurité laxiste et l’accès incertain aux marchés étrangers menacent de transformer en un gouffre monétaire les entreprises qui faisaient un profit et qui rapportaient 75$ million brut chaque année.

Le maire de Khan Yunis, Osama al-Farra, dit qu’il faudra affronter une multitude de défis suite au retrait de Gaza ; une renaissance réussie des serres pourrait relancer l’administration du président palestinien, Mahmoud Abbas. Si le projet est hésitant, cela pourrait donner des arguments aux groupes militants islamiques comme le Hamas qui luttent déjà pour contrôler le nouveau territoire de Gaza.

Pendant que les Palestiniens passaient des semaines précieuses à réparer et à nettoyer, les commandes de plants de fraises étaient retenues pendant des jours au check-point frontalier de Karmi alors qu’Israël fermait le point de passage pour des raisons d’état d’alerte. Les nouveaux directeurs du domaine agricole ont été complimentés pour avoir commencer à planter plus tôt dans le mois et pour avoir embauché 3.000 travailleurs ; mais la première saison sous contrôle Palestinien risque de voir une baisse de ventes des deux tiers dit Boaz Karni, un trésorier de la Fondation de Coopération Economique, une organisation israélienne non gouvernementale qui a aidé à faciliter la transaction.

« C’est certain, ce sera une lutte pour faire marcher tout cela » dit Bill Taylor, un membre américain de l’équipe internationale dirigée par M. Wolfensohn et chargé d’aider la reprise de l’économie de Gaza.

« Les inquiétudes autour du risque que l’entreprise ne soit pas lucrative sont légitimes » ajoute-t-il en parlant de l’incertitude sur le libre passage des produits prévus pour l’exportation ainsi que les problèmes de sécurité.

Israël auparavant les obligeait à relocaliser, les colons israéliens cultivant 455 hectares de terres. Environ trois quarts des serres étaient compris dans la transaction qui présumait que les travailleurs palestiniens pouvaient utiliser leur connaissance agricole pour continuer à faire vivre l’activité.

Les serres employaient à une époque 3.600 personnes, la grande majorité était des Palestiniens. Les médiateurs qui ont fait appel à des donateurs étrangers pour indemniser les colons pour leurs serres, savaient qu’une fois propriété des Palestiniens, l’activité avait le potentiel de créer encore 3.000 emplois non agricoles pour soutenir l’entreprise. « C’était une bonne transaction économique en termes de bénéfice / coût » dit M. Taylor.

Pour les travailleurs palestiniens qui ont aidé à nettoyer les débris autour des serres avant la plantation, les préparations étaient suivies d’un mélange de craintes et d’espoir. Avec une possibilité de gagner entre 50 shekels (11$) et 200 shekels par jour, la richesse des travailleurs est liée à la survie des serres. Et pourtant beaucoup se demandent si leurs nouveaux patrons vont être capables de diriger les affaires avec autant de succès que les colons.

Juste à l’extérieur d’une serre, Awad a confié qu’il était tenté de rejoindre son ancien employeur dans une nouvelle ferme à l’intérieur d’Israël. A quelques serres de là, un groupe de travailleurs étaient en train de se plaindre au sujet des nouvelles méthodes de plantation qui étaient rudimentaires en comparaison de celles des Israéliens. « Le nouveau système n’est pas sophistiqué. Ils n’ont peut être pas l’expérience » dit Shahdeh Ajwah. « Je rêve qu’un jour elles seront pleines de plantes juste comme c’était auparavant ».

Entre temps, les propriétés agricoles appartiennent au gouvernement palestinien et sont dirigées par un entrepreneur privé. Le but est néanmoins de les privatiser. Dans une économie qui traditionnellement dépend des revenus apportés par les Palestiniens engagés à l’intérieur d’Israël comme travailleurs bon marchés, les serres offrent une nouvelle source pour des emplois à l’intérieur même du pays.

Que l’Autorité Palestinienne décide ou non de faire fonctionner les serres dans les années à venir n’est toujours pas clair, dit Mohammed el-Samhouri, qui faisait partie du comité ministériel qui évalue ce qui doit être fait avec les actifs laissés par les Israéliens. D’autres projets de développement pourraient devenir plus attrayants.

« Nous ne sommes pas sûrs que les serres soient la meilleure utilisation de notre terre dans cette partie de Gaza. L’agriculture est une des options mais pas nécessairement la seule option que nous ayons pour l’utilisation future de notre terre » dit M. Samhouri. « Pour des raisons politiques, nous voulions juste déclarer que nous pouvions utiliser ces serres ».

De retour à Netzer Hazani, Subhi Firwana un vétéran des serres pendant 18 ans, s’inquiète que le travail de nettoyage une fois terminé et il sera obligé de retourner dans les rangs des chômeurs de Gaza. Si l’Autorité Palestinienne gère avec succès les serres, il pourra gagner sa vie sans chercher à travailler à l’intérieur d’Israël. Mais si le gouvernement n’arrive pas à prévenir les pilleurs, alors il y a peu d’espoir pour lui (sans parler des aspirations des Palestiniens pour obtenir un statut d’état).

« Nous espérons qu’ils apprendront à partir de leurs erreurs » dit M. Firwana en parlant du gouvernement palestinien. « S’il commence à détruire au lieu de construire, alors il n’y aura pas d’état ».

25 octobre 2005 - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.csmonitor.com/2005/1025/...
Traduction : Ana Cléja