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Transferts de populations, vols de terre et ghettos en faillite
Alexander Cockburn publié le jeudi 8 juin 2006. Un article très pessimiste et amer parmi d’autres actuellement de la part d’auteurs qu’on ne peut soupçonner de soutenir la politique israélienne d’occupation et d’annexion de la Palestine.
J’avais écrit un petit commentaire qui notait que, comme d’habitude, le Times n’avait pas été moralement inquiet du fait de ces représailles meurtrières sur des réfugiés innocents. Dan Wolf, le rédacteur de La Voix, m’avait appelé et suggéré que je pourrais revoir mon texte. C’est la première fois qu’un article était corrigé à la baisse. Mais l’acte inhabituel de censure de la part de Dan m’a énervé et j’ai commencé à écrire une quantité considérable d’articles sur le sort des Palestiniens. C’était la période où les Palestiniens représentaient moins d’intérêt médiatique pour les rédacteurs que la pédiculaire de Furbish*, et aucun politicien n’a jamais soutenu que cette plante menacée n’avait pas vraiment existé en tant qu’espèce, ce que Golda Meir, Premier ministre d’Israël, affirmait des Palestiniens. Alors il a fallu creuser un peu plus dur pour découvrir ce que les Israéliens juifs étaient en train de faire aux Palestiniens. Mettre en page les faits touchant à un racisme institutionnalisé, les confiscations de terre, la torture et une grêle d’injures inonderait ma boîte aux lettres, comme lorsque j’ai publié une longue interview dans La Voix, en 1980, du défunt Israël Shahak**, professeur intrépide de l’université hébraïque. Il est un peu étrange et inquiétant maintenant d’observer ce que Shahak disait alors et la justesse de son analyse et de ses prédictions : « Les tendances fondamentales se sont instaurées en 74 et 75, avec les organisations de colons, l’idéologie mystique et un important soutien financier des Etats-Unis à Israël. Entre l’été 74 et l’été 75, des décisions clé ont été prises, et depuis cette date, c’est une ligne droite. » Parmi ces décisions, dit Shahak, il y avait « la main mise sur les territoires de Palestine », un développement affiné des anciennes conceptions entérinées en 1967. Petit à petit, au cours des années 80, et fréquemment dans ses traductions de la presse hébraïque que Shakah envoyait, on voyait se dessiner les contours du plan israélien, comme la quille, les nervures et le bois d’un vieux bateau : un système de routes qui contournaient les villes et villages palestiniens et reliaient les colonies et les postes militaires juifs ; un ensemble de colonies en expansion constante ; un plan d’ensemble pour le contrôle de l’eau de toute la région. Il n’était pas difficile de se faire une idée exacte des conditions de vie de plus en plus intolérables des Palestiniens : torture des prisonniers, barrages lors du plus petit déplacement, harcèlement des fermiers et des écoliers, démolitions de maisons. Beaucoup de personnes sont revenues d’Israël et des Territoires avec des comptes rendus déchirants, même si bien peu ont été repris dans des journaux importants ou par la télévision nationale. Et même dans les témoignages qui ont pu être publiés ici, il n’y avait aucune forme de reconnaissance d’un plan à long terme visant à effacer toutes les résolutions ennuyeuses des Nations unies, à étouffer les aspirations nationales palestiniennes, à voler leur terre et leur eau, à les entasser dans des enclaves de plus en plus petites, et finalement, à les balkaniser avec le mur, lequel était sur la table de dessin depuis bien des années. En effet, écrire sur un tel plan d’ensemble encourait d’autres flots d’injures sur quelqu’un qu’on suspecterait de « paranoïa » pour ses fantasmes sur la mauvaise foi d’Israël, avec une invocation pleine de componction du « processus de paix ». Mais les gouvernements israéliens successifs avaient un plan à long terme. Rien n’a échappé au pouvoir, les routes ont été construites, l’eau volée, les oliviers et les arbres fruitiers coupés (un million), les maisons démolies (12 000), les colonies imposées (300), des protestations éhontées de bonne foi ont été publiées dans la presse américaine (la cerise sur le gâteau). Alors que le nouveau millénaire arrivait lentement, il est devenu impossible d’accorder crédit aux revendications israéliennes pour la négociation, ou même d’espérer des négociations de bonne foi. A ce jour, les « faits accomplis sur le terrain » en Israël et dans les Territoires sont devenus aussi nets qu’une peinture surréaliste de Dali. En mai de cette année, le Premier ministre israélien, Ehud Olmert, est venu à Washington et s’est adressé en séance plénière au Congrès où il a déclaré : « Je croyais, et je continue de croire encore aujourd’hui, dans le droit éternel et historique de notre peuple sur la totalité de cette terre. » En d’autres termes, il ne reconnaît pas le droit des Palestiniens, même à des cantons misérables comme il l’envisage actuellement dans son « réalignement ». Pourquoi le Hamas devrait-il croire une seule syllabe des conneries *** d’Olmert ? Quand Arafat et l’OLP ont montré les signes inquiétants de leur impatience d’aller à un arrangement, la réponse d’Israël fut d’envahir le Liban. Dans le plan de « réalignement » d’Olmert, la « barrière de séparation », maintenant programmée pour être les « frontières démocratiques » définitives d’Israël, annexe 10 pour cent de la Cisjordanie, pendant qu’il intègre dans Israël de vastes colonies et un demi million de colons. Les Palestiniens perdent leurs meilleures terres agricoles et l’eau. Le Grand Jérusalem d’Israël en termine avec toute viabilité possible d’un Etat palestinien séparé. Ce mini-archipel de cantons est bloqué à l’est par la frontière de sécurité d’Israël dans la Vallée du Jourdain. La presse, ici, timide et ignorante, salue le « réalignement » d’Olmert avec un tranquille respect. Dans le même temps, une tragédie historique épouvantable en arrive à sa phase finale. Avec la connivence de ce qui est quelque fois qualifié de façon ridicule, la « communauté internationale », notamment les USA et l’Union européenne, Israël prive, délibérément, de nourriture les Palestiniens qu’on veut soumettre, en récompense d’avoir élu démocratiquement le parti de leur choix. Toutes les communautés sont à la limite de la famine, privées par Israël de nourriture et de médicaments. La Banque mondiale prévoit un taux de pauvreté de plus de 67 % à la fin de cette année. Un rapport des Nations unies publié le 30 mai à Genève indique que 4 Palestiniens sur 10 dans les Territoires vivent sous le seuil officiel de pauvreté, moins de 2,10 dollars par jour. L’OIT estime le taux de chômage à 40,7 % de la population active. La fin de l’histoire ? je dirais que la stratégie de base est celle qui était en vigueur en 1948 : transférer la population, et y parvenir en faisant une vie si exécrable aux Palestiniens que la plupart d’entre eux finiront par partir, laissant quelques ghettos en faillite derrière eux à la mémoire de tous leurs espoirs stupides pour un Etat palestinien souverain. Note : Une version plus courte de cet article a paru dans une édition imprimée de La Nation qui a été mise sous presse mercredi dernier. Notes de la traduction : • La pédiculaire de Furbish est une plante herbacée rare que l’on trouve presque exclusivement sur les berges de la rivière St-Jean dans la province maritime du Nouveau-Brunswick au Canada. Elle est menacée de disparition, et contrairement à nos amis palestiniens, qui sont tout autant menacés, elle est protégée. ** Israël SHAHAK est un des nombreux rescapés de l’Holocauste. Né à Varsovie en 1933, il passe son enfance au camp de Bergen-Belsen. En 1945, il émigre en Israël et sert dans l’armée juive Tsahal. Militant des droits de l’homme, il collabore au journal Haaretz et s’attaque à l’obscurantisme religieux juif et à son influence dans la vie politique de l’État colonial d’Israël (http://library.flawlesslogic.com/sh.... *** traduction du mot "poppycock" : américanisme dont la traduction retenue (excluant les marques de friandises) semble être l’une des moins grossières. Alexander Cockburn est co-rédacteur avec Jeffey St.Clair d’un bulletin à scandales Counterpunch. Il est aussi co-auteur d’un nouveau livre « Dime’s Worth of Difference : Beyond the Lesser of Two Evils », disponible sur http://www.counterpunch.com. 5 juin 2006 - http://www.counterpunch.org/cockbur...
Traduction : JPP |