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Un drapeau noir
Gidéon Lévy publié le mardi 4 juillet 2006. " Un Etat qui franchit de telles étapes ne se distingue désormais plus d’une organisation terroriste. Plus les étapes sont dures, plus monstrueuses et stupides
elles deviennent, plus les soutiens moraux pour ces étapes disparaissent et plus forte est l’impression que le gouvernement israélien a perdu la tête. "
Un Etat qui franchit de telles étapes ne se distingue désormais plus d’une organisation terroriste. Plus les étapes sont dures, plus monstrueuses et stupides elles deviennent, plus les soutiens moraux pour ces étapes disparaissent et plus forte est l’impression que le gouvernement israélien a perdu la tête. Maintenant on doit espérer que l’accalmie du week-end, qu’elle soit lancée par l’Egypte ou le premier ministre, et de toute façon à la consternation de la 2ème chaîne de Roni Daniel et de l’armée, mènera à un changement radical. Tout doit être fait pour obtenir la libération de Gilad Shalit. Ce que nous faisons maintenant dans Gaza n’a rien à faire avec sa libération. C’est un acte de vengeance à grande échelle, celle que l’armée et le Shin Bet ont voulu mener depuis un certain temps, surtout motivés par la frustration profonde des commandants d’armée qui se sentent impuissants face aux fusées Qassams et les incursions audacieuses de la guérilla palestinienne. Il y a un espace énorme entre l’armée lâchant sa frustration et une opération intelligente et légitime pour libérer le soldat enlevé. Afin d’empêcher l’armée de courir d’une manière aussi insensée, un échelon politique fort et judicieux est nécessaire. Mais, face à l’armée frustrée il y a le régime débutant d’Ehud Olmert et Amir Peretz, faible et infortuné. Jusqu’à l’accalmie de ce week-end, il s’est avéré que chaque étape proposée par l’armée et le Shin Bet avait été immédiatement approuvée. Cela ne présage pas de bien, non seulement pour les chances de libérer Shalit, mais également pour la future gestion du gouvernement, qui apparaît être aussi faible que le gouvernement du Hamas. La seule voix raisonnable et retenue entendue jusqu’ici était celle du père du soldat, Noam Shalit. Ce grand homme a appelé, durant ce qui est clairement son heure la plus difficile, pour que cesse la violence et qu’il n’y ai pas plus de dommage fait aux vies des soldats et des Palestiniens innocents. Contre les actions effrénées de l’armée et la vantardise arrogante du dernier des macho porte-parole, Maj. Gen. Yoav Gallant et du Maj. Gen. (res.) Amos Gilad, la voix du père de Shalit détonnait telle une voix pleurant dans le désert. Envoyer des dizaines de milliers d’habitants malheureux fuir leurs maisons à des dizaines de kilomètres d’où son fils est censé être caché, et couper l’électricité à des centaines de milliers d’autres, n’est certainement pas ce qu’il a voulu dire dans son appel émotionnel minimisé. C’est une honte pour tout le monde que personne ne l’écoute. La base légitime pour l’opération de l’armée a disparu dès son commencement. Ce n’est pas un accident si personne ne mentionne que le jour d’avant l’attaque du fort de Kerem Shalom, l’armée a enlevé deux civils, un docteur et son frère, de leur maison à Gaza. La différence entre nous et eux ? Nous avons enlevé des civils et ils ont capturé un soldat, nous sommes un Etat et ils sont une organisation terroriste. Comme Amos Gilad semblait ridiculement pathétique quand il a dit que la capture de Shalit était "illégitime et illégale", à la différence de quand l’armée saisit des civils à leurs domiciles. Comment un haut fonctionnaire du ministère de la Défense peut-il clamer que "la tête du serpent" est à Damas, quand l’armée emploie exactement les mêmes méthodes ? Il est vrai que quand l’armée et le Shin Bet saisissent des civils à leurs domiciles - et ils le font tellement souvent - ce n’est pas pour les assassiner plus tard. Mais parfois ils sont tués sur les seuils de leurs maisons, bien que ce ne soit pas nécessaire, et parfois ils sont saisis pour servir de "pièces de négociation," comme au Liban maintenant, avec les législateurs palestiniens. Quel tumulte y aurait-il eu si les Palestiniens avaient saisi la moitié des membres du gouvernement israélien. Comment les étiquetterions-nous ? La punition collective est illégitime et elle n’a pas la moindre intelligence. Où les habitants de Beit Hanun vont-ils courir ? Sans la pitié typique, les journalistes militaires disent qu’ils "n’ont pas été expulsés" mais qu’il leur a été "recommandé" de partir, pour le bénéfice, naturellement, de ceux qui sauvent leurs vies. Et à quoi cette étape inhumaine mènera-t-elle ? Soutien du gouvernement israélien ? Leur enrôlement comme informateurs et collaborateurs pour le Shin Bet ? Les malheureux fermiers de Beit Hanun et de Beit Lahia peuvent-ils faire quelque chose au sujet des fusées Qassam ? Est-ce que bombarder un aéroport déjà détruit libérera le soldat ou était-ce juste pour décorer les titres à la Une ? Est-ce que quelqu’un a pensé à ce qui se serait produit si les avions syriens avaient fait tomber un des avions israéliens qui survolaient cyniquement le palais de leur président ? Aurions-nous déclaré la guerre à la Syrie ? Une autre "guerre légitime" ? Est-ce que le black out total sur Gaza réduira le gouvernement du Hamas ou rassemblera la population autour de lui ? Et même si le gouvernement du Hamas tombe, comme Washington veut, que se produira-t’il le jour suivant ? Ce sont des questions pour lesquelles personne n’a aucune vraie réponse. Comme d’habitude ici : Tranquillité, nous tirons. Mais cette fois nous ne tirons seulement. Nous bombardons, obscurcissant et détruisant, imposant un siège et enlevant comme le plus mauvais des terroristes et personne ne brise le silence pour demander, diable, pourquoi et de quel droit ? "The ultimate measure of a man is not where he stands in moments of confort and convenience, but where he stands at times of challenges and controversy" |