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Souffrant d’une paralysie de la pensée
Ze’ev Sternhell publié le mardi 4 juillet 2006. " La violente invasion de Gaza qui sème actuellement la destruction à une échelle inimaginable, ne fait qu’aiguiser l’essence même de deux grands dangers masqués que représente Israël."
Le deuxième danger vient de la même paralysie de pensée : le retrait jusqu’à la route du Mur de séparation comme étant une formule magique qui guérira tous les maux du pays. Ariel Sharon voulait effacer la Ligne verte et déterminer unilatéralement une nouvelle frontière. Il savait vraisemblablement que cela serait une frontière de guerre. Il savait aussi que la Barrière ne protégerait pas la population juive mais au contraire, la rendrait plus exposée et vulnérable. Sharon ne s’intéressait pas à la paix de la population mais à saisir une partie aussi grande que possible de la Cisjordanie. Tout comme Menachem Begin il y a 30 ans, les gens du Likoud-Kadima veulent abandonner une partie du territoire pour faciliter l’annexion du reste de celui-ci. C’est la raison pour laquelle il n’ y a pas eu de débat réel au gouvernement, à la Knesset ou au sein du public sur la signification d’un retrait unilatéral. Sharon ne voulait pas d’une telle discussion qu’elle soit publique ou privée, car il savait ce qu’en aurait été le résultat. Il comprenait que si tous les aspects de son plan étaient examinés, la conclusion aurait été que le « désengagement » était en lui-même inutile à moins qu’il ne fasse partie d’une première étape d’un plan de paix plus large. Mais puisque la paix n’est jamais atteinte sauf à travers un accord, Sharon ne voulait pas de contacts avec les Palestiniens de peur qu’il soit entraîné vers un compromis avec eux, Dieu nous en préserve ! Dans ce sens là, la montée du Hamas n’a rien changé et maintenant ce n’est rien d’autre qu’une feuille de vigne. C’est seulement dommage que le parti travailliste soit tombé dans le piège. Il n’y a maintenant pas de doute qu’Olmert, essayant d’accéder à l’image fausse « de homme fort » avec tous les gens du Likoud autour de lui, s’accrochera à la « convergence » comme un homme en train de se noyer s’agrippe à de la paille. C’est, après tout, la seule justification de l’existence même de Kadima. Au lieu de décider que la fin de la guerre sera un objectif national et de rallier tous nos moyens matériel et intellectuel à cette cause aux côtés de toutes les bonnes volontés qui existent au sein de la communauté internationale, la priorité sera de définir unilatéralement la frontière. Non seulement cette frontière ne contribuera pas à la stabilité dans la région, mais elle deviendra le point central et permanent pour des embrasements dans le futur. Les règles du jeu qui existent dans le sud aujourd’hui seront copiées par les arènes orientales : dans le sillage des tirs sur les habitants sur la ligne de front, ce qui est un acte de terrorisme (comme toute attaque sur une population civile où que ce soit dans le monde), et dans le sillage de chaque attaque contre une unité de l’armée israélienne, il y aura un acte revanchard de punitions et de représailles qui prendra nécessairement la forme du contre-terrorisme. Et naturellement, comme nous avons appris par expérience, chaque nouvelle opération sera plus dure que la précédente, mais malgré la supériorité militaire absolue d’Israël, aucune victoire ne sera décisive à moins qu’une décision soit prise d’expulser ou de détruire toute la population palestinienne. La conséquence de la situation ainsi engendrée, la frontière entre ce qui est admissible et ce qui est interdit dans une société civilisée, (même quand cette société est obligée de s’occuper du terrorisme), cette frontière donc disparaîtra totalement. Déjà maintenant à Gaza, la ligne qui sépare le combat légitime et les actions qui ont pour but de briser la population civile, est en train de disparaître tout comme la différence entre les combats qui servent un réel intérêt national et le désir de compenser l’ego meurtri de l’armée, et la différence entre la responsabilité absolue de la vie de chaque soldat et sa liberté personnel, et l’envie pressante de chercher un châtiment et une vengeance. Mais le motif de vengeance n’a jamais remplacé une politique. En jugeant ce qui se passe aujourd’hui, notre gouvernement n’est pas capable de grand-chose de plus. 30 juin 2006 - Ha’aretz : http://www.haaretz.com/hasen/spages...
Traduction : Ana Cléja |