Article imprimé à partir du site de la Campagne Civile Internationale
pour la Protection du Peuple Palestinien : http://www.protection-palestine.org/


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Opération de la paix pour Tsahal
Gideon Levy

publié le vendredi 21 juillet 2006.

Chaque quartier en a un, un despote fort en gueule qu’il ne faut pas mettre en colère. On l’insulte ? Il sort un couteau. On lui crache dessus ? Il dégaine un revolver. Frappé ? Il sort une mitraillette. Non pas que le despote ait tort - quelqu’un lui a fait du mal. Mais la réaction, quelle réaction !

Ce n’est pas qu’il ne soit pas craint, mais personne ne l’apprécie réellement. L’appréciation va aux puissants qui n’utilisent pas immédiatement leur force. Malheureusement, les Forces Israéliennes de Défense (IDF, Tsahal, NDT) ressemblent à nouveau au despote du quartier. Un soldat a été enlevé ? Tout Gaza va payer. Huit soldats sont tués et deux enlevés au Liban ? Tout le Liban va payer. Israël parle un et un seul langage, le langage de la force.

La guerre que l’IDF a maintenant déclarée au Liban et avant à Gaza, ne sera jamais considérée comme une autre « guerre imposée. » Laissons ce débat aux historiens. C’est, sans équivoque, une guerre choisie. L’IDF a essuyé deux coups douloureux, qui furent particulièrement humiliants, et à son réveil est parti dans une guerre destinée à restaurer sa dignité perdue ce qui, de notre côté, est appelé « restauration des moyens de dissuasion. » Personne, ni au Liban ni certainement à Gaza, ne peut formuler les vrais buts de la guerre, donc personne ne sait exactement ce qui pourra être considéré comme une victoire ou une réussite. Sommes-nous en guerre avec le Liban ? Avec le Hezbollah ? Personne ne sait exactement. Si le but est d’éliminer le Hezbollah de la frontière, avons-nous essayé avec suffisamment d’énergie ces deux dernières années par les voies diplomatiques ? Et quel est le rapport entre la destruction de la moitié du Liban et ce but ? Tout le monde reconnaît que « quelque chose doit être fait. » Tout le monde reconnaît qu’un état souverain ne peut pas rester silencieux lorsque il est attaqué à l’intérieur de ses propres frontières, quoiqu’Israël ait toujours piétiné cette souveraineté, mais pourquoi ce non-silence doit-il être uniquement exprimé par une explosion immédiate et déchaînée.

A Gaza est enlevé un soldat de l’armée d’un état qui enlève fréquemment des civils de leurs maisons et les enferme pendant des années avec ou sans procès - mais nous sommes les seuls à être autorisés à faire ça. Et nous seuls avons le droit de bombarder des centres de population civile.

L’escalade douloureuse à Gaza, incluant la chute d’une bombe d’une tonne sur un immeuble résidentiel, ou le meurtre discret d’une famille entière de sept enfants, celui de douzaines d’habitants, le bombardement d’un aéroport, la suppression de l’alimentation en eau et électricité pour des centaines de milliers de personnes pendant des mois, fut une réponse manquant totalement de justification, de légitimité ou de sens de la mesure. Quel but cela a-t-il servi ? Le soldat a-t-il été libéré ? Les tirs de Qassam se sont-ils arrêtés ? Quels moyens de dissuasion ont-ils restauré ? Rien de tout cela n’est arrivé. Seul l’honneur perdu est censé avoir été restauré, et immédiatement le vent du mal suivant est apparu, cette fois venant du nord.

Deux soldats de plus furent capturés et il fut clairement montré que la force de dissuasion n’était pas restaurée et que les erreurs de l’IDF se répétaient. Comment efface-t-on ces erreurs déchirantes ? Sur le dos de populations innocentes. Au Liban la situation est plus compliquée. Il n’y a pas d’occupation israélienne et pas de raison de provoquer Israël. Si le Hezbollah se soucie tellement de ses frères palestiniens, il aurait dû d’abord faire quelque chose pour les centaines de milliers de réfugiés qui vivent dans des camps au Liban dans des conditions aussi mauvaises que celles des régions sous occupation israélienne, avant de se saisir de soldats en leur nom.

Mais est-ce que le fait que le Hezbollah est une organisation cynique qui exploite la misère des palestiniens pour son propre intérêt justifie cette réaction disproportionnée ? Le concept que nous avons totalement oublié est la proportionnalité. Alors que nous ne sommes pas pressés de nous asseoir à la table des négociations, nous nous empressons d’aller sur le champ de bataille et de tuer sans attendre, sans prendre le temps de réfléchir. Cela conforte les soupçons selon lesquels nous aurions régulièrement besoin d’une guerre, de manière sinistre, même si nous finissons toujours exactement dans la même position.

La guerre que nous avons déclarée au Liban nous a déjà coûté, ainsi bien sûr qu’au Liban, un lourd tribut. Est-ce que quelqu’un s’est posé la question du pourquoi ?

Tout le monde sait comment cette guerre commence, mais quelqu’un sait-il comment elle se termine ? De lourdes pertes civiles israéliennes ? Une guerre contre la Syrie ? Une guerre générale ? Cela en vaut-il la peine ? Regardez ce qu’un gouvernement néophyte peut faire en aussi peu de temps.

Derrière les opérations au Liban et à Gaza se retrouve la même idée folle de faire pression sur la population pour conduire aux changements politiques que veut Israël. Dans l’histoire du conflit israélo-arabe, ce concept n’a fait que nous mener d’un désastre à un autre. Nous avons « nettoyé » le sud Liban des palestiniens en 1982, et qu’avons-nous obtenu ? Hezbollahstan au lieu de Fatahland. Le Hamas ne tombera pas parce que Gaza est dans l’obscurité, pas même parce que nous avons bombardé le ministère des affaires étrangères palestinien pendant le week-end - un autre coup absurde ; le Hezbollah ne sera pas écrasé parce que l’aéroport international de Beyrouth a été mis hors d’usage.

Encore une fois Israël ne fait pas de distinction entre une guerre justifiée contre le Hezbollah et une guerre injuste et imprudente contre la nation libanaise. Le voile autour des vrais motifs de la guerre a été levé par ce ministre de la défense qui dit ce qu’il pense : « Nasrallah va tellement souffrir qu’il n’oubliera jamais le nom d’Amir Peretz, » s’est-il vanté, comme un despote typique. Maintenant au moins nous savons qu’Israël est parti en guerre pour que le nom d’Amir Peretz ne soit jamais oublié. C’est la guerre pour la perpétuation du nom Peretz et l’effacement des erreurs de Dan Halutz. Et peu importe le prix.

Traduit par YC de Haaretz, édition du 16 juillet 2006.
http://www.haaretz.com/hasen/spages...