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Seul le Hezbollah peut s’opposer à une agression israélienne
Jonathan Steele

publié le samedi 29 juillet 2006.

Les tentatives pour imposer une force internationale risquent d’anéantir le gouvernement du Liban et de ranimer les risques de guerre civile.

Un rassemblement de femmes, bourgeoises, élégantes, peut-être une quarantaine en tout. Elles manifestaient devant le siège des Nations unies, ici à Beyrouth, mercredi, exigeant un cessez-le-feu. Représentant l’Assemblée des Femmes libanaises, elles distribuaient des tracts appelant Kofi Annan à réagir.

Elles étaient moins nombreuses que les manifestants pour la paix à Tel Aviv, mais plus représentatives. Alors que les « peaceniks » en Israël sont aujourd’hui isolés, minoritaires bien que se renforçant doucement, les exigences de cessez-le-feu dominent au Liban. Pourquoi prendre la peine de manifester quand la chose est si évidente ?

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Un Humwee israélien détruit à la frontière libanaise par les combattants du Hezbollah

Ainsi, l’impression forte que j’ai de ce rassemblement vient de Lamia Osseiran, l’une des organisatrices :

- « Les Israéliens radicalisent le Liban, même les démocrates libéraux comme moi. J’ai participé l’an dernier aux manifestations contre la Syrie. J’étais en désaccord avec le Hezbollah. Maintenant, je n’irai pas jusqu’à les aider mais je soutiens les combattants du Hezbollah qui défendent notre pays. »
- " Que dites-vous à propos des attaques de roquettes du Hezbollah sur Haïfa ?"
- « Je suis d’accord » répond-elle, « les Libanais ne doivent pas être les seuls à souffrir ; les droits de l’homme ne s’appliqueraient-ils qu’aux Israéliens ? Vous ne pouvez pas avoir l’hiver et l’été sur le même toit ».

De telles opinions sont fréquemment exprimées par de nombreux chiites. Ils ont resserré les rangs derrière le Hezbollah sous le poids des bombes israéliennes. Chez les sunnites, l’état d’esprit est plus complexe. La ville portuaire de Sidon, au sud de Beirouth, est à 90 % sunnite. Toute la semaine passée, elle a accueilli 70 000 réfugiés chiites, la plupart étant des militants du Hezbollah. Ils avaient envie de convaincre les quartiers sunnites de la justesse de la cause du Hezbollah.

Ont-ils réussi ? On ne le saura pas tant que les bombardements se poursuivront, mais chaque jour nouveau d’attaques israéliennes sur le sud atténue réduit la portée de l’argument qui accuse le Hezbollah d’en être responsable.

Les bastions anti-Hezbollah se trouvent dans les quartiers chrétiens du Liban. Ils ont peu souffert des bombardements et beaucoup de personnes y disent que le Hezbollah récolte ce qu’il a semé. C’est l’opinion de Youssef Haddad, un jeune enseignant de l’université américaine de Beyrouth : « Si vous voulez la guerre avec Israël, vous devez en payer le prix. Je n’ai pas pris la décision d’attaquer Israël. »

Pourtant, ce qui compte le plus actuellement n’est pas la réaction populaire mais ce qui se passe au sein du gouvernement libanais. Condoleezza Rice parait bien peu connaître les forces politiques du pays. L’an dernier, la révolution dite des « Cèdres », avec cette image simpliste de « force populaire », et la victoire électorale des partis anti-syriens ont laissé croire apparemment à Washington et, de façon alarmante, aussi à Downing Steet, que le nouveau gouvernement du Liban était radical et pro-occidental.

En réalité, le Liban a un gouvernement d’unité nationale dans lequel le Hezbollah a deux ministres. Etre anti-syrien n’est pas la même chose qu’être anti-Hezbollah et les vainqueurs des élections - le mouvement du 14 Mars qui s’est développé après l’attentat à la bombe contre l’ancien Premier ministre, Rafik Hariri - ont sagement reconnu que le Hezbollah était partie intégrante de la société libanaise. Qu’il valait mieux qu’il soit au gouvernement plutôt que dehors.

La diabolisation du Hezbollah comme terroristes ou agents iraniens et syriens jette la confusion. D’ailleurs, le seul parti qui a refusé de prendre part au gouvernement - les Chrétiens maronites de Michel Aoun - a fait tactiquement alliance avec le Hezbollah. Depuis les attaques israéliennes, Aoun a été l’un des plus expressifs défenseurs du Hezbollah.

Tout en acceptant le poids politique du Hezbollah, aucun politicien libanais ne croit que sa branche armée puisse être désarmée contre sa volonté. Leur opinion devrait permettre d’engager des discussions à propos d’une force internationale au sud du Liban, doit-il s’agir d’une version plus étoffée que la force actuelle des Nations unies, la FINUL, ou d’une sorte de « coalition de pays volontaires ».

D’une certaine façon, c’est Israël qui a créé le Hezbollah. Son occupation du Liban après 1982 a transformé ce groupe de poseurs de bombes en mouvement de résistance, comme la Seconde Guerre mondiale en Europe l’a fait avec ses partisans. S’attendre à ce que des étrangers désarment le Hezbollah est voué à l’échec. Israël est en train de subir de lourdes pertes en s’y essayant. Pourquoi d’autres occupants étrangers auraient-ils plus de succès ?

Plus tôt dans l’année, un « débat national » a eu lieu entre les partis libanais pour examiner, parmi d’autres questions, comment renforcer l’armée libanaise et attribuer une autre fonction aux forces de guérillas du Hezbollah. « Une solution aurait été d’intégrer la milice dans l’armée libanaise, une autre de la transformer en garde nationale sous le contrôle du gouvernement » indiquait Michel Faroun, député du mouvement du 14 Mars, la semaine dernière.

Le débat sur la stratégie de défense du Liban était seulement exploratoire étant donné que le gouvernement avait convenu qu’aucune décision ne pourrait être prise sans le retrait d’Israël de la partie du territoire appelée les Fermes de Shebaa, qu’il occupe depuis 1967. Les deux dernières semaines d’agressions israéliennes ont donné plus de poids au refus du Hezbollah de désarmer avant que l’armée libanaise ne soit plus forte.

La question n’est pas de déployer l’armée libanaise à la place du Hezbollah. Seul, le Hezbollah connaît assez le terrain et possède l’expérience et la motivation suffisantes pour défendre le Liban contre l’invasion israélienne à venir.

La position du gouvernement libanais sur l’idée d’une force internationale n’est pas encore claire. Le Hezbollah et Amal, l’autre parti chiite, font remarquer que le Premier ministre, Fouad Siniora, n’a obtenu qu’un seul mandat à Rome, mercredi, qui demandait le cessez-le-feu et l’échange de prisonniers. Siniora a exprimé son soutien à la FINUL et des analystes supposent qu’il a choisi cette position parce qu’elle était sans risque aussi longtemps que le mandat et la mission de la FINUL seront maintenus. Si cette position trouvait un écho, il pourrait toujours arguer qu’elle ne peut s’appliquer qu’avec le consentement du Hezbollah et du Amal.

Les tentatives pour imposer une force internationale risquent d’anéantir le gouvernement du Liban et de ranimer les risques de guerre civile. Peut-être est-ce l’intention d’Israël qui a montré de grandes compétences pour exacerber les divisions entre le Fatah et le Hamas, dans les Territoires palestiniens, et pourrait vouloir agir de la même manière au Liban.

Les gouvernements européens devraient s’opposer à cette idée. Jacques Chirac a déclaré justement qu’une force de l’OTAN était complètement à écarter étant donné que l’alliance était la « branche armée de l’Occident ». Même sans cette considération, toute force risquerait serait considérée comme l’instrument d’Israël. Le plan d’Israël semble être de se servir des nations étrangères pour faire son travail, et si elles échouent, de transformer le Liban en un énorme Rafah - la ville de la Bande de Gaza où il a démoli des centaines de maisons et créé une zone sécurité, c’est-à-dire une zone où il tire sur tout ce qui bouge. Ce dont le Liban a besoin, comme Siniora le disait à Rome, c’est d’un cessez-le-feu immédiat et du retrait d’Israël, de telle sorte que les réfugiés puissent rentrer avant de nouveaux ravages.

Le monde devrait faire comme lui.



Jonathan Steele est journaliste au Guardian, correspondant étranger et auteur.
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Beyrouth, vendredi 28 juillet 2006 -
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Traduction : JPP