Article imprimé à partir du site de la Campagne Civile Internationale
pour la Protection du Peuple Palestinien : http://www.protection-palestine.org/


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Nous ne parlons qu’à nous-mêmes
Daniel Ben Simon

publié le vendredi 18 août 2006.

" J’essaye de me souvenir de la dernière fois où j’ai vu des dirigeants israéliens parler avec des dirigeants arabes au sujet de la paix et j’ai du mal à m’en rappeler."

Ces dernières années, notre tendance compulsive qui consiste à parler entre nous d’un accord avec les Arabes est en train de se renforcer comme si le conflit réel au Moyen-Orient se trouvait entre la droite et la gauche. Les discussions stériles entre ces deux ‘corps’ fatigués ont deux buts : de neutraliser toute possibilité de changer et de geler la réalité sur le terrain par peur que tout pas vers la paix ne provoque une guerre entre les juifs. Si notre destin est déjà d’aller à la guerre se disent nos architectes, il vaut mieux avoir une guerre contre les Arabes. C’est pénible de penser que si une énergie diplomatique similaire avait été investie vis-à-vis des dirigeants palestiniens, libanais et syriens, alors peut-être que les choses auraient été différentes. Il est même possible que nous serions en train de vivre en paix avec eux.

Est-ce possible qu’une guerre misérable au Liban et les massacres sans fin à Gaza soient le résultat d’un manque de volonté de parler avec nos voisins ? Quelle était la dernière fois où nous avons essayé de parler aux Palestiniens au sujet de leur futur et du nôtre ? Quelle était la dernière fois où nous avons sondé les Libanais autour de la possibilité de signer un accord de paix avec eux ? Quelle était la dernière fois où nous avons essayé de renouer les négociations tronquées avec les Syriens sur la possibilité d’arriver à un accord de paix ?

Cela fait six ans maintenant que la politique israélienne stagne. Depuis que le premier ministre Ehud Barak a poussé le président de l’Autorité palestinienne, Yasser Arafat, dans le pavillon à Camp David en 2000, il n’y a pas eu de contact sérieux entre un dirigeant israélien et un dirigeant arabe avec lequel nous sommes en conflit. Le résultat de cela est épouvantable. Israël a claqué les portes sur ses voisins et s’est décidé à faire ses propres arrangements en dialoguant avec elle-même, tout en ignorant ses voisins comme si elle était un genévrier isolé au milieu du désert. Il est possible que nous en payions aujourd’hui le prix de cette insulte.

Les massacres à Gaza après le désengagement et la guerre au Liban prouvent en grande partie l’échec de l’approche unilatérale. Comment est-ce possible, se demande chaque personne sensée, que nous nous soyons retirés du Liban et qu’ils nous attaquent ? Comment est-ce possible, se demande chaque personne raisonnable, que nous nous soyons retirés de Gaza et que néanmoins ils nous attaquent ? Est-ce si surprenant que le manque de gratitude de la part de ces deux fronts ait abouti à ce que beaucoup d’Israéliens arrivent à la conclusion que la haine envers les juifs est gravée dans le génome musulman et que l’empressement à faire la guerre est gravé dans le caractère arabe.

Et peut-être que cette explosion d’agressions trouve sa source dans notre nature égoïste, dans notre refus de communiquer avec nos voisins, dans notre réticence à les voir à une distance d’un mètre. Une paix unilatérale est une chose qui n’existe pas, une guerre unilatérale est quelque chose qui n’existe pas. Il faut être deux pour danser la danse de la mort et pour danser la danse de la joie. Nous avons décidé de danser avec nous-mêmes comme si les Arabes étaient sans consistance, transparents avec lesquels cela ne valait pas la peine de parler.

Et ce n’est pas comme si dans le passé il n’y avait pas eu des contacts bilatéraux qui avaient soulevé de l’espoir. Mais néanmoins on peut les compter sur les doigts d’une main. Il y a à peine deux mois, une encourageante réunion a eu lieu entre notre premier ministre Ehud Olmert, le président égyptien Hosni Moubarak et le roi Abdullah de Jordanie. Ah combien de sourires ont-ils dispersés et combien de tapes sur l’épaule se sont-ils donnés les uns aux autres. Olmert était au mieux de sa forme. Il riait, il plaisantait, il se liait d’amitié et a montré des compétences de communications impressionnantes. Il a parlé avec tout le monde - sauf avec la seule personne qui, à cette réunion, justifiait une discussion sérieuse. Et en effet les aides d’Olmert ont travaillé pendant des jours afin de tenter d’empêcher leur patron de serrer la main du président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas.

C’est cela les accomplissements de la diplomatie israélienne vis-à-vis des Palestiniens et ce, depuis six ans. Ehud Barak a poussé Arafat au Camp David, le même Barak a invité Arafat à diner dans sa maison, le Premier ministre Ariel Sharon avait invité Abbas à une réunion à la résidence du Premier ministre, Olmert a donné une embrassade à Abbas. Deux gestes, une conversation et un diner sur un total de six années entières. Ce n’est pas mal comme rendement pour un pays empêtré dans un conflit sanglant avec le peuple palestinien.

Et pendant tout ce temps, Israël s’est refermée sur elle-même, refusant de regarder de côté. Elle est sortie du Liban Sud avec colère et elle est sortie de la Bande de Gaza avec cette même colère, sans avoir essayé de coordonner les déplacements avec ceux qui étaient concernés. Elle prévoit aussi de sortir de la Cisjordanie avec le même claquement de porte unilatéral.

Au lieu de parler avec nos ennemis nous parlons avec nos amis, sans parler de nos « protecteurs », les Américains, comme si nous étions de modestes vassaux. Nous avons adopté l’anglais presque comme une langue maternelle et nous considérons l’arabe presque comme une menace existentielle. Jusqu’à présent, la subordination de nos vies, de nos valeurs et de notre futur aux Américains n’a pas fait ses preuves. Nous n’avons jamais été autant exposés au danger qu’aujourd’hui. Dans notre désespoir, nous nous entourons d’un mur et transformons le symbole de la renaissance nationale en un ghetto juif fortifié fermé sur tous les côtés.

Si le désespoir avec nos voisins et avec la paix s’étend, les Israéliens risquent de déposer les rênes de l’Etat aux mains de dangereux fanatiques comme le député d’Yisrael Beiteinu, Avigdor Lieberman. « Dans des situations folles, il faut des personnes aliénés qui soient en charge » a dit un habitant de Kiryat Shmona la semaine dernière reflétant ainsi le nouvel état d’esprit et mentionnant Lieberman comme étant une drogue miracle.

Si Olmert n’apporte pas bientôt un peu d’espoir et qu’il ne commence pas à parler avec les Libanais, les Palestiniens et les Syriens, le désespoir risque de pousser les Israéliens vers des solutions extrêmes.

17 août 2006, - Ha’aretz : http://www.haaretz.com/hasen/spages...
Traduction : Ana Cléja