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Antigone, avec les comédiens du Théâtre National Palestinien

Théâtre des Quartiers d’Ivry (et un billet des blogs du Monde Diplomatique)
publié le jeudi 15 mars 2012.

ANTIGONE

SOPHOCLE | ADEL HAKIM 05 > 31 MAR 2012 / Studio Casanova Durée du spectacle : 1h50

AVEC LES ACTEURS DU THEATRE NATIONAL PALESTINIEN spectacle en arabe - surtitré en français

La Terre et le mur Pourquoi une Antigone palestinienne ? Parce que la pièce parle de la relation entre l’être humain et la terre, de l’amour que tout individu porte à sa terre natale, de l’attachement à la terre. Parce que Créon, aveuglé par ses peurs et son obstination, interdit qu’un mort soit enterré dans le sol qui l’a vu naître. Et parce qu’il condamne Antigone à être emmurée. Parce qu’enfin, après les prophéties de Tirésias et la mort de son propre fils, Créon comprend son erreur et se résout à réparer l’injustice commise.

Il y a dans la pièce de Sophocle la mise en place d’un processus inexorable constitutif, dans sa simplicité, du principe même de tragédie. Racine disait que ce n’était qu’avec Bérénice (Bérénice, reine de Palestine) qu’il avait atteint ce niveau d’évidence qui est le propre des grands chefs-d’œuvre de la Tragédie Grecque.

Le cœur de la pièce est l’amour que Hémon, fils de Créon, porte à Antigone. Hémon aime Antigone, mais Antigone aime Polynice son frère, Polynice qui est mort. A partir de là, la machine est lancée, le conflit est déclaré entre morts et vivants.

Le cadavre sans sépulture de Polynice, livré en pâture aux chiens et aux oiseaux de proie, devient à son tour anthropophage. Sous les apparences du rationnel, la dispute politique et religieuse entre Antigone et Créon ouvre inexorablement la porte des Enfers par laquelle vont s’engouffrer les vivants. Et le cauchemar commence. Hadès devient le personnage invisible mais principal avec, à ses côtés, le fantôme d’Œdipe et toute la généalogie des Labdacides. “ Les plus courageux cherchent à s’enfuir quand ils voient Hadès en face “, dit Créon. Un face à face qu’on redoute – comme Ismène – ou qu’on souhaite – comme Antigone.

Au milieu d’une mer d’une infinie tristesse – celle du néant, du ciel sans limite ou du monde souterrain, chacun mesure l’immensité de sa solitude devant l’Incontournable, et l’intensité de son amour pour la vie et pour les vivants.

Malgré une fuite effrénée des âmes vers la folie et l’anéantissement, la pièce de Sophocle est un chant d’amour et d’espoir, une symphonie des sentiments, un météore précieux et brillant incrusté dans le noir du ciel qui semble vouloir repousser l’ombre même de la mort, en attisant notre goût pour la lutte et pour la vie. Adel Hakim

Coproduction Théâtre National Palestinien, Théâtre des Quartiers d’Ivry, 
Avec l’aide du Consulat Général de France à Jérusalem, du Centre Culturel Français Chateaubriand, 
du service de coopération italien du Ministère des Affaires Extérieures, du TAM et du Groupe des 20 théâtres en Ile-de-France

Pour plus d’informations et réservations : http://www.theatre-quartiers-ivry.c...


Une Antigone palestinienne

Marina Da Silva - Le Monde diplomatique

C’est un événement. Les acteurs du Théâtre National Palestinien sont en France, en tournée jusqu’à fin mai avec une Antigone éblouissante, mise en scène par Adel Hakim, co-directeur du Théâtre des Quartiers d’Ivry où la pièce est donnée jusqu’au 31 mars.

Créée à Jérusalem-Est en mai 2011, elle sort des frontières de la ville occupée, transportant avec elle le poids et la géographie du conflit israélo-palestinien — et l’on est frappé par la résonance de la tragédie palestinienne contemporaine avec le texte de Sophocle, qui date de près de deux mille cinq cents ans. Pas d’identification avec des situations historiques, des lieux ou des personnages, mais une mise en abîme autour de la notion d’injustice et une méditation philosophique sur la rébellion et le sens du sacré.

Antigone, condamnée par Créon à être emmurée vivante parce qu’elle a voulu donner une sépulture à son frère Polynice, est une figure d’insoumission universelle et intemporelle ; elle prend ici une force particulière incarnée avec charisme et luminosité par Shaden Salim : « Tes lois ne sont pas assez puissantes pour nous interdire de respecter celles des Dieux. » La jeune comédienne donne à son personnage une fougue et une combativité qui touchent et impressionnent et apporte par sa seule présence une couleur supplémentaire au texte : « Lorsqu’on a vécu comme moi plongée dans le malheur, la mort n’est pas un malheur. » Le malheur et la répétition du malheur d’Antigone est aussi celui de tout le peuple palestinien, qui, comme elle, n’a plus peur de la mort et, face à l’injustice et la spoliation, s’ancre dans la résistance.

La langue de Sophocle, adaptée par Adel Hakim, et la langue arabe — dans la traduction d’Abd El Rahmane Badawi — se font écho et donnent corps à la tragédie mythique dont nous sommes tous imprégnés en lui insufflant une portée politique singulière.

Dans son affrontement mortel avec Créon — Hussam Abu Eisheh qui campe autant un roi de l’Antiquité qu’un homme politique d’aujourd’hui —, Antigone surenchérit sur la transgression avant tout parce qu’elle est femme, faisant dire à celui-ci : « Si je la laisse triompher c’est elle l’homme et non plus moi. » ou encore : « Moi vivant, ce n’est pas une femme qui fera la loi. » En bouleversant les conventions de genre, Antigone devient une des premières figures féminines de résistance de l’histoire et trace une ligne éthique de désobéissance contre tout pouvoir inique et arbitraire.

La pièce aborde aussi la question de la relation à la terre et du droit à être enterré sur sa terre. Elle se permet une incise dans la tragédie grecque, par la voix de Mahmoud Darwich qui nous arrive en toute évidence disant le poème Sur cette terre :

Sur cette terre, il y a ce qui mérite vie : l’hésitation d’avril, l’odeur du pain à l’aube, les opinions d’une femme sur les hommes, les écrits d’Eschyle, le commencement de l’amour, l’herbe sur une pierre, des mères debout sur un filet de flûte et la peur qu’inspire le souvenir aux conquérants .../... Une irruption d’autant plus fondée que le poète n’a pu être inhumé à Jérusalem — tout comme Yasser Arafat —, mais à Ramallah sur injonction du gouvernement israélien.

La scénographie d’Yves Collet est une belle épure. Un plateau dépouillé d’où est érigé un mur avec des dizaines de petites ouvertures, comme des moucharabieh stylisés, et sur lesquels vont être projetés textes et images, deux portes à battants d’où se règlent les entrées et les sorties des comédiens. Les costumes en dominante noir et blanc et dégradés de gris captent et restituent la lumière. Et puis il y a la magie du jeu musical du trio Joubran qui accompagne le texte du début à la fin et en module l’intensité. Les trois frères musiciens, issus d’une famille de luthiers de Nazareth, sont des artistes d’exception et mêlent dans leur répertoire tradition orientale et création contemporaine. Compagnons de route de Mahmoud Darwich dont ils ont merveilleusement interprété la poésie, ils viennent donner un supplément d’âme à ce dispositif à la fois sobre et d’une richesse extrême.

Si Créon et Antigone dirigent le jeu, il faut encore citer les autres comédiens : Alaa Abu Garbieh (Hémon, Chœur), Kamel Al Basha (Messager, Chœur), Mahmoud Awad (Tirésias, Chœur), Yasmin Hamaar (Eurydice, Ismène), Daoud Toutah (Le Garde, Chœur). Tous sont justes et épatants de vérité et viennent souligner la grande qualité de formation du Théâtre National Palestinien.

Fondé en 1984, le Théâtre National Palestinien, ou Théâtre Al Hakawati (le conteur) est le seul théâtre de Jérusalem-Est. L’Autorité palestinienne ne pouvant y subventionner des institutions, il dépend des aides internationales et des partenariats avec l’étranger pour mener à bien ses activités de création et de diffusion. Malgré des conditions de travail et d’existence extrêmement âpres, sa renommée est maintenant reconnue au niveau international. Il s’était notamment produit en France avec Al Jiddariyya (Murale), de Mahmoud Darwich au théâtre des Bouffes du Nord en 2007 et avec Le collier d’Hélène de Carole Fréchette, dans une mise en scène de Nabil El Azan, accueillie au Théâtre des Quartiers d’Ivry en 2009. Ce fut aussi le point de départ du désir d’Adel Akim de soutenir et travailler avec le Théâtre National Palestinien dont le niveau de jeu remarquable des comédiens ne passa pas inaperçu.

Aujourd’hui, la situation est particulièrement précaire et les activités du Théâtre, qui auparavant se déroulaient aussi en Cisjordanie et à Gaza, ont été considérablement réduites. La présence de ses acteurs en France est pour eux une formidable bouffée d’oxygène, une échappée du quotidien oppressant de la colonisation, et aussi pour le public français une occasion rare de saisir les enjeux de leur résistance et d’en débattre avec eux.

De nombreuses rencontres et ponctuations auront lieu durant le séjour à Ivry du Théâtre National Palestinien. Le jeudi 15 mars, à l’issue de la représentation, débat avec l’équipe artistique animé par Dominique Vidal, collaborateur du Monde diplomatique et spécialiste du Proche-Orient. Le samedi 17 mars à 16h30 : témoignages et débat sur les conditions de vie et de création artistique en territoires occupés avec Jean-Luc Bertet (journaliste et critique dramatique au Journal du Dimanche), Gilles Costaz (journaliste et critique dramatique à Politis) et Jean-Pierre Han (journaliste et critique dramatique, directeur de Frictions, théâtres-écritures et rédacteur en chef des Lettres Françaises).

Signalons aussi, le samedi 10 mars à 16h30 la lecture-mise en espace autour de La Flottille, dans une conception et mise en scène d’Anastassia Politi d’après des extraits du texte La Flottille. Solidarité internationale et piraterie d’état au large de Gaza de Thomas Sommer-Houdeville et du film documentaire Gaza we are coming de Yiannis Karypidis et Yorgos Avgeropoulos.

Le samedi 24 mars à 16h30, lecture-mise en espace en arabe et en français de Chroniques de la vie palestinienne. Textes de théâtre, poèmes, scènes courtes de Hussam Abu Eisheh, interprétés par les acteurs du Théâtre National Palestinien.

Et le samedi 31 mars à 16h30, de la poésie palestinienne, en arabe et en français, avec des textes de Mahmoud Darwich, Sonia Khadr et Khaled Jouma dans une mise en espace d’Adel Hakim avec des acteurs français et les acteurs du Théâtre National Palestinien.

Source : http://blog.mondediplo.net/2012-03-...


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