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Globe de Shakespeare : Israël n’est pas immunisé contre le boycott

Naomi Wimborne-Idrissi - Open Democracy
publié le dimanche 29 avril 2012.

Si une institution artistique se rend complice d’une injustice, il doit être permis de lui demander des comptes sans être traité de nazi, même si cette institution est juive.


Colonie juive illégale d’Ariel, implantée sur des terres palestiniennes, au coeur de la Cisjordanie occupée, où la compagnie Habima s’est produite.

Une question encore inexplorée se dégage du scandale à cause de la perspective de la venue du Théâtre national d’Israël, Habima, au Théâtre du Globe de Shakespeare à Londres le mois prochain, et c’est, pourquoi des penseurs libéraux qui veulent voir les Palestiniens réaliser leurs droits sont-ils si réticents à demander des comptes à Israël qui les leur dénie.

Le dramaturge David Edgar, par exemple, dans un commentaire paru dans The Guardian, a, d’une manière élégante, écarté les qualificatifs de nazi et mccarthyste lancés contre Mark Rylance, Emma Thompson, Jonathan Miller et d’autres acteurs, directeurs et auteurs qui s’opposent à la participation de Habima dans l’Olympiade culturelle. Mais il tombe aussi dans le piège de ce qu’il appelle lui-même les « amalgames faciles » en laissant la « judéité » de Habima décider de son attitude envers le boycott.

Miller et les autres ont apposé leur nom au bas d’une lettre faisant valoir que Habima, programmée pour jouer Le Marchand de Venise en hébreu au Globe de Shakespeare, les 28 et 29 mai, n’y avait pas sa place parce qu’il s’agit d’un organisme sous financement d’État, qui joue pour les colons israéliens dans des colonies illégales en Cisjordanie palestinienne.

Comme Edgar l’indique, signer la lettre était une action non violente, légitime, indépendante des autorités publiques, semblable au boycott sportif et culturel anti-apartheid de ces derniers jours. Le boycott du Grand Prix (de Formule 1) du Bahreïn, approuvé par le dirigeant du Parti travailliste, David Mililband, s’est fondé sur les mêmes principes : refuser de donner une légitimité à un État qui commet des violations des droits humains.

Mais si cela s’applique aux Boers et aux Bahreïniens, pourquoi pas aux Israéliens ?

Parce que, dit Edgar, « Habima n’est pas seulement un théâtre israélien, c’est aussi un théâtre juif ».

Cela s’appelle tomber dans les « amalgames faciles », comme c’est si souvent le cas pour les partisans d’Israël : que l’État représente tous les juifs et que l’attaquer c’est, par définition, de l’antisémitisme. Mais ce sont des amalgames que bien des juifs désavouent.

Le viol des droits humains ne devient pas excusable au prétexte qu’il est commis par des juifs. L’idée même dégage une sorte d’antisémitisme tordu en sens inverse.

Si les arguments pour le boycott s’appliquent à la réalité d’un dossier, alors ils s’appliquent indépendamment des questions de confession ou d’origine ethnique des parties impliquées.

Le rôle de Habima comme ambassadeur culturel de l’État israélien ne fait aucun doute.

Nous le savons de bonne source, c’est le directeur artistique de la compagnie lui-même, Ilan Ronen, qui, d’abord, affirme qu’elle est « totalement indépendante, artistiquement et politiquement », mais ajoute qu’elle « n’a pas d’autre choix » que de jouer dans les colonies.

« Comme d’autres compagnies de théâtre et de danse en Israël », a-t-il déclaré à The Observer, « nous sommes financés par l’État, et financièrement soutenus pour nous présenter dans tout le pays. Telle est la loi ».

Donc, en échange d’une subvention de l’État, Habima fait fi de ce que le « hall de la culture », dans la colonie Ariel (Cisjordanie occupée), n’est absolument pas à l’intérieur du « pays » d’Israël, mais sur une terre volée aux Palestiniens, et elle s’en va divertir les colons qui s’y sont installés en violation de la Quatrième Convention de Genève.

L’hebdomadaire Jewish Chronicle, a annoncé que le ministère israélien des Affaires étrangères, qui a lancé sa campagne « Marque Israël » (campagne visant à redorer l’image de marque d’Israël) en 2005 explicitement en lien avec la « propagande et la culture », couvrait le déficit de 10 000 livres du budget de Habima pour son voyage à Londres.

Il ne peut y avoir de plus clair exemple d’une culture au service du politique.

Si les principales organisations juives s’enthousiasment à recevoir les ambassadeurs de la culture israélienne, et affirment que de s’y opposer c’est offenser tous les juifs, nous ne sommes pas obligés de les approuver. Un nombre de plus en plus important de juifs prennent un point de vue opposé. Certains sont mêmes signataires de la lettre initiale, qui appelle le Globe à annuler l’invitation de Habima.

Certains sont des membres dirigeants de la campagne de boycott, laquelle, loin de mettre au pilori les acteurs parce qu’ils sont juifs ou qu’ils parlent hébreu, exhorte le Globe à remplacer la compagnie Habima par des artistes qui parlent hébreu et ne doivent aucun argent à l’État israélien.

Habima a essayé de plaider que, en invitant à la fois eux et la compagnie de théâtre de Cisjordanie, le Théâtre Ashtar, qui présente la pièce Richard II en arabe les 4 et 5 mai, le Festival du Globe, en quelque sorte, « aidait à résoudre le conflit israélo-palestinien ».

Comme si d’avoir les Israéliens et les Palestiniens sur la même scène, à quatre semaines d’intervalle, pouvait contribuer en quoi que ce soit à régler les questions de la confiscation de la terre palestinienne, du sort des réfugiés, du siège de Gaza, ou de l’occupation de la Cisjordanie et Jérusalem-Est.

La directrice artistique d’Ashtar, Iman Aoun, a écrit à son homologue du Globe, Dominique Dromgoole, rejetant l’idée d’emblée : « Ils n’ont insinué l’idée d’une coopération avec nous que pour saper le boycott culturel de plus en plus fort contre les institutions israéliennes complices. » dit Mme Aoun.

« Quand les Palestiniens et les Israéliens juifs jouiront les uns et les autres de l’égalité et de la justice, alors, nous pourrons parler de collaboration artistique. »

Source : http://www.opendemocracy.net/naomi-... Traduction : JPP


Naomi Wimborne-Idrissi - Open Democracy

Naomi Wimborne-Idrissi est coordinatrice dans le groupe de travail culturel du Réseau Boycott Israël au Royaume-Uni et membre fondateur de Juifs pour le boycott des produits israéliens.


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