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2 septembre 2010
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| Partir en Palestine, agir, témoigner, rompre l'isolement : des citoyens avec le peuple palestinien |
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Palestine :
c’est le racisme qui hante les médias, pas l’ignorance Ramzy Baroud
publié le samedi 15 juillet 2006. Seuls, des médias racistes peuvent dépeindre la capture d’un soldat dont l’unité assiégeait les Gazaouites depuis des années, leur refusait nourriture et médicaments, comme une violation de tout ce qui est saint.
Le racisme est « la croyance dans l’infériorité d’un groupe racial par rapport à un autre et du maintien par le groupe dominant de la position inférieure du groupe dominé. Il est souvent associé au pouvoir, aux préjugés et à la discrimination. » C’est ainsi que la Bibliothèque britannique a défini le racisme sur son site. La définition ci-dessus s’écarte peu du sens de presque toutes les définitions de cette croyance inquiétante. Vraiment, alors que j’écris ces mots depuis la Bande de Gaza, elle est pleinement mise en œuvre dans l’attaque israélienne contre les Palestiniens et dans la modération dont font preuve la communauté internationale et les médias, pour ne pas dire leur attitude accommodante avec l’agression. La capture du soldat israélien, Gilad Shalit, est un acte non ambigu de légitime défense. Un éminent professeur de droit international des USA, et le plus courageux, m’écrivait hier : « Exigez qu’on parle de Gilad Shalid comme d’un prisonnier de guerre, car c’en est un ». D’accord, pour le droit international et les conventions de Genève peut-être, mais pas pour la CNN, ni pour Fox News, ni pour la BBC de plus en plus molle qui persistent à présenter le soldat (en appuyant lourdement sur son jeune âge) comme une victime ; il a été « enlevé » par des « militants » palestiniens, lesquels sont « affiliés » au gouvernement Hamas, alors qu’Israël fait tout ce qu’il peut pour le libérer ; et ils insistent martelant qu’on ne peut pas « négocier avec les terroristes ». Si les journalistes qui accompagnent les soldats israéliens de l’invasion, amassés dans et autour de la Bande de Gaza, ne peuvent transmettre ces déclarations eux-mêmes, ils feront tout pour qu’elles le soient par les porte-parole de l’armée israélienne ou par les « spécialistes », les uns et les autres semblant s’accorder sur les idées. En ne réexaminant pas la version israélienne de manière significative et en la diffusant vers les infortunés téléspectateurs dans le monde, les médias dociles sont devenus un outil entre les mains des stratèges militaires d’Israël et des breuvages qu’ils nous servent éternellement. En voici un exemple : un commandant de l’armée israélienne dit au correspondant de la BBC posté à la frontière Israël/Gaza, qu’Israël a l’intention d’ouvrir ladite frontière aussi longtemps qu’il le faudra pour compenser avec la crise humanitaire qui se développe dans Gaza. Le représentant de l’armée israélienne, dans un mensonge effronté, assure que la frontière est toujours restée ouverte malgré la menace permanente palestinienne sur l’Etat d’Israël. Et le correspondant de la BBC le remercie sincèrement, et voilà ! Et moi, à mon tour, je lance ma télécommande sur mon poste de télévision. Est-il possible que la BBC et ses puissants documentalistes ignorent que Gaza est tenue sous le siège rigoureux de l’armée depuis l’arrivée démocratique du Hamas aux responsabilités aux élections de janvier 2006 ? Se pourrait-il que les médias occidentaux aient manqué les dizaines de rapports consternants - dont ceux de la Banque mondiale - qui ont alerté sur le siège israélien qui a commencé des mois avant la capture de Shalit et qui allait provoquer très vite le chaos et la panique chez des Palestiniens déjà sous-alimentés dans Gaza ? Ont-ils raté les déclarations des premiers dirigeants israéliens, où ils promettaient de maintenir le siège jusqu’à l’éviction du Hamas ? Bon, peut-être. Ayant beaucoup d’années dans ce métier, je peux reconnaître que quelques journalistes déforment les faits par ignorance et pas par opinion. Mais si c’était effectivement notre cas, alors comment pourrait-on oublier que le même média, celui qui a inventé le terme « enlèvement » pour qualifier l’action des combattants palestiniens qui ont capturé Shalit, a refusé d’appliquer la même logique pour qualifier l’enlèvement des membres élus du gouvernement palestinien, lesquels sont pour la plupart des universitaires sans lien avec quelque branche militaire que ce soit ? Le porte-parole de l’armée israélienne a martelé : « Ce sont tous des terroristes » et Israël « en tant que pays démocratique » a le droit de se protéger contre des terroristes. Mais alors s’ils sont effectivement des « terroristes » comme le prétend Israël, pourquoi Israël s’est-il abstenu de les enlever avant que des combattants palestiniens ne plongent dans l’embarras la puissante armée israélienne et ne capturent leur premier prisonnier de guerre depuis longtemps, Shalit ? « Se saisir dans une rafle » de ministres et de nombreux députés palestiniens, est-il la même chose que de capturer un soldat dans ce qui était depuis longtemps une guerre israélienne unilatérale ? Pourtant, si vous êtes un téléspectateur fidèle de Fox News ou un lecteur du New York Times, vous apprendrez qu’Israël a encore franchi ses frontières légales comme une démocratie choisit de le faire pour défendre ses ressortissants. Mais seul un racisme absolu conduit à un tel raisonnement. Seuls, les médias racistes dépeignent la capture d’un soldat dont l’unité assiégeait les Gazaouites depuis des années, leur refusant nourriture et médicaments, comme une violation déchirante de tout ce qui est saint. Seuls, les médias racistes présentent l’enlèvement de 9 000 Palestiniens toujours dans les geôles israéliennes, comme un juste bilan des opérations d’arrestations de routine par Israël des terroristes palestiniens, ou de terroristes potentiels. Seul, le racisme peut pousser à essayer de minimiser la destruction par Israël de l’infrastructure de Gaza, ou du peu d’infrastructure qui restait (depuis qu’Israël en a déjà détruit la plus grande partie). Le sabotage de l’approvisionnement en électricité, celui de l’eau de Gaza, de ses ponts et universités, tout cela se trouve justifié sans aucun doute puisque ces actions sont nécessaires pour s’opposer aux efforts des militants qui cherchent à transporter le soldat dans une autre planque. Et encore, Israël est-il félicité pour sa décision généreuse de permettre à quelque nourriture d’arriver aux Gazaouites affamés, lesquels ironiquement ont été affamés par la campagne internationale orchestrée par Israël pour les punir de l’élection du Hamas. Seul, le racisme peut faire extraire du discours actuel le meurtre de dizaines de civils palestiniens de la main de l’armée israélienne (90 civils en 7 semaines), motif du raid palestinien sur le poste militaire israélien et de la capture de Shalit ; au lieu de cela, on présente l’escalade actuelle comme la conséquence des seuls actes palestiniens, et l’ardoise d’Israël reste vierge. En effet, l’ardoise d’Israël reste toujours vierge, et le restera aussi longtemps que le racisme et les inégalités seront les principes suivis pour parler de ce conflit. Israël a le droit de punir collectivement, de faire mourir de faim, d’enlever des ministres civils élus démocratiquement et d’essayer de les juger selon « la loi israélienne », de détruire les infrastructures de ses voisins, de créer une catastrophe humanitaire, d’assassiner à volonté, de violer la loi internationale sans hésiter, cela parce qu’Israël n’est pas la Palestine, et que la vie et le bien-être des habitants d’Israël, au moins de certains d’entre eux, ne peuvent se comparer à ceux des Palestiniens. Renversez les rôles, ne serait-ce qu’un moment, et vous comprendrez comment un tel racisme peut être repoussant. Les inégalités ont toujours été au cœur de ce conflit, disait toujours le regretté professeur Edward Saïd. Le racisme est au cœur des inégalités, dois-je ajouter. Les médias peuvent faire les ignorants, être partiaux, égoïstes en effet, mais ils peuvent aussi être profondément racistes. ***Ramzy Baroud est un journaliste chevronné arabe-américain. Son dernier livre La seconde Intifada : chronique du combat populaire. est disponible sur Amazon.com. Il est aussi rédacteur en chef de PalestineChronicle.com. Il peut être joint à : editor@palestinechronicle.com. Ramzy Baroud
Al-Jazeera.net - jeudi 13 juillet 2006 |