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5 septembre 2010
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| Partir en Palestine, agir, témoigner, rompre l'isolement : des citoyens avec le peuple palestinien |
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132ème mission - juillet 2007 : mission des Femmes en Noir de Caen
publié le dimanche 23 septembre 2007. Du 7 au 23 juillet, un groupe de 8 femmes, membres ou sympathisantes de l’association des Femmes en noir de Caen s’est rendu en Palestine. L’objectif principal de leur séjour était de rencontrer des familles de prisonnières politiques palestiniennes en Israël et des associations qui les soutiennent. A l’intérieur de l’article, quelques unes de leurs photos.
MISSION CIVILE en PALESTINE et en ISRAEL
Du 7 au 23 juillet 2007
Présentation générale Nous sommes un groupe de 8 femmes, membres ou sympathisantes de l’association des Femmes en noir de Caen. Nous avons échelonné nos départs et nos retours par petits groupes en nous faisant passer pour des touristes, n’avons pas rencontré de grave problème avec la police des frontières ni la douane à l’aéroport de Tel Aviv. L’objectif principal de notre séjour était de rencontrer des familles de prisonnières politiques palestiniennes en Israël et des associations qui les soutiennent. Plusieurs d’entre nous écrivent régulièrement ou ont écrit à des prisonnières ; très peu reçoivent de réponses. Nous étions mandatées par d’autres correspondantes solidaires de la région Basse-Normandie pour nous informer sur les causes de « non-réponse » ainsi que par Agnès et Pierre de l’Aveyron qui coordonnent, pour la France, le soutien épistolaire aux prisonnières politiques palestiniennes. (NDLR : pour vous informer et/ou participer à cette campagne de solidarité, cliquez ici) Au début du séjour nous sommes « basées » à Jérusalem, dans un hôtel de la vieille ville, chaleureux et peu onéreux. Côté israélien, nous rencontrerons, le 11, à Tel Aviv la WOFPP (Women Organization For Political Prisoners) association de femmes (la plupart Femmes en noir de Tel Aviv) qui rendent régulièrement visite aux familles à la sortie des prisons depuis 1988 et les aident de diverses façons, notamment en éditant des bulletins d’infos sur chaque arrestation, sur les conditions d’incarcération, sur les jugements ou les absences de jugement (détention administrative) et en procurant des avocats aux familles modestes.
Leurs buts sont la libération de toutes les prisonnières et la fin de l’occupation ; elles initient des campagnes et des pétitions seules ou en relation avec d’autres organisations pour les droits de l’Homme. Côté palestinien, nous sommes reçues, le 10 juillet à Tulkarem, au bureau du Ministère palestinien des affaires des prisonniers et par le club des prisonniers de cette ville, où nous rencontrons plusieurs ex-détenues et la présidente de l’Union Générale des Femmes Palestiniennes pour le distrist de Tulkarem ; nous y apprenons que plusieurs de nos correspondantes ont été libérées ; le psychologue des prisons qui nous a accueillies au début a essayé de nous faire toucher du doigt l’arbitraire qui règne sur la planète du milieu carcéral israélien vis-à-vis des détenus palestiniens ; aucune règle n’est respectée ; tout est toujours inattendu et imprévisible. Nous écoutons aussi le témoignage d’une mère de prisonniers (2 fils et une fille) qui nous explique que ses enfants sont détenus dans des prisons séparées, ce qui n’est pas très commode pour les visites, lorsqu’elles sont autorisées. Les parents de prisonnières que nous rencontrerons plus tard nous diront la même chose : lorsque plusieurs personnes d’une même fratrie sont emprisonnées elles le sont toujours dans des lieux éloignés les uns des autres. Cette mère nous décrit aussi le manque de soins dont sont victimes les détenus : un de ses fils qui a reçu dans l’épaule une balle doum-doum (arme interdite qui déchiquette les tissus) lors de son arrestation, n’a pas été soigné et la blessure s’est infectée gravement ; les visites médicales sont rarissimes dans les prisons ; les infirmiers distribuent un antalgique appelé AKAMOL en réponse à toutes les demandes. Ensuite nous sommes conduites au domicile de Manal et Nour dans le camp de Tulkarem, qui sont devenus célèbres après la victoire d’une pétition internationale qui a exigé que Manal accouche à l’hôpital et non en prison comme c’était prévu ; Manal a été libérée il y a peu de temps (le petit Nour avait été confié à une tante à l’âge de 2 ans, il y a 2 ans). Ainsi que les autres ex-prisonnières elle est considérée comme une héroïne. A noter : la direction de la prison lui a remis tout un paquet de lettres de correspondantes de Belgique à la sortie , elle n’avait pas su jusque là qu’on lui écrivait !!
Le 12, nous nous rendons à Ramallah et sommes accueillies par Jehan d’ADDAMEER, grosse association de soutien aux prisonniers (proche du FPLP) qui publie régulièrement , de même que la WOFPP , des bulletins pour faire le point sur les arrestations, libérations, jugements, conditions de vie en détention ... et qui fournit une assistance juridique gratuite. On nous remet, sur notre insistance, une liste, en arabe, que nous nous sommes envoyée par la poste en France, que Salima va traduire et que nous communiquerons à Agnès et Pierre dès que possible. Nous leur communiquerons aussi le maximum d’infos détaillées sur nos conversations avec les associations et les clubs des prisonniers. De même à la CCIPPP nous raconterons plus en détails nos diverses expériences lorsque les unes et les autres auront retrouvé leurs notes envoyées par la poste (ainsi qu’à l’AFPS, au Collectif 14 Palestine, au Planning familial du Calvados et à nos autres partenaires). Je continue la présentation générale : Le vendredi (13) nous rejoignons les Femmes en noir de Jérusalem à leur vigie hebdomadaire de 13 à 14h, après avoir suivi, pour la plupart d’entre nous, un « alter-tour » de Jérusalem organisé par l’AIC (Alternative Information Center « de » Michel Warschawski) qui explique la judaïsation progressive de Jérusalem à l’aide du MUR comme outil principal.
Nous avons remarqué que la moyenne d’âge des FEN est élevée ; les 2 doyennes ont plus de 90 ans elles continuent à venir manifester avec leur ombrelle tous les vendredis, sous un soleil ardent, contre l’occupation et ce, depuis la 1ère intifada en 88.
Le 14, nous partons vers le sud : Bethléem, où le check-point et le mur sont immenses et impressionnants, le camp de réfugiés de Deïsheh puis le camp d’El Arroub où nous avons passé la nuit chez des militants et rencontré des familles de prisonnières.
Le comité populaire du camp (équivalent d’un conseil municipal est très préoccupé par les problèmes d’éducation et fait tout pour développer les établissements scolaires ; il nous demande si nous pouvons leur trouver un professeur de français ; l’idéal serait un bilingue, un Maghrébin de France par exemple. Si jamais quelqu’un était intéressé(e) contactez-nous. Les 15 et 16, nous sommes reçues par le club des prisonniers d’Hébron dont le directeur insiste bien pour nous faire comprendre que les clubs des prisonniers, dans toutes les villes de Cisjordanie (il n’a pas parlé de la Bande de Gaza) sont contitués d’anciens prisonnier(e)s et s’occupent de tou(te)s les détenu(e)s quelle que soit leur couleur politique, contrairement à certaines associations. A Hébron après avoir écouté un exposé au Comité de réhabilitation de la vieille ville nous parcourons celle-ci, contatons son étouffement économique et flânons dans les rues de l’ancien marché surmontées de grillages jonchés d’ordures , témoins du comportement des colons qui jettent leurs détritus sur la tête des Palestiniens ; ici la colonisation n’enserre pas la ville, elle s’est insinuée en son cœur-même et avec beaucoup de brutalité. Le 16, faute de pouvoir aller à Gaza comme prévu (la Bande de Gaza est complètement bouclée, assiégée par terre, par mer et par air, de façon encore bien plus draconienne qu’auparavant) nous nous rendons à Naplouse ; chemin faisant, nous discutons avec les chauffeurs de taxi pour avoir une une idée de leurs opinions ; elles divergent ; la plus répandue consiste à attribuer aux gouvernements étrangers de la région(Syrie et Iran) la responsabilité de la nouvelle partition des Territoires Occupés ; sans oublier Israël et les USA. Un autre dit : « je ne suis ni pour le Hamas ni pour le Fatah, je suis pour le droit ! » A Naplouse, nous sommes accueillies par Nadia, directrice de la Maison des associations DARNA, dont elle nous explique le fonctionnement. (Voir les sites europalestine et guilde européenne , en attendant que l’une d’entre nous développe ce point). Nous dormons dans un hôtel dont les gérants sont charmants mais où l’hygiène de la literie est sommaire. Il n’y a hélas pas beaucoup de touristes dans ces lieux réputés pour les incursions meurtrières de l’armée d’occupation et la résistance de la population dont la survie économique est précaire. Le matin du 17 nous allons rencontrer le Club des prisonniers en compagnie de Nadia.
Le directeur, qui a été reçu (de même que celui d’Hébron) par des associations en France, plaide pour que la cause des prisonniers palestiniens soit reconnue comme cause internationale (c’est en effet l’ONU qui est à l’origine de la création de l’Etat d’Israël donc des conséquences de la création de cet état). Il dit que la puissance occupante fait tout pour faire croire au monde, à commencer par sa propre population, que les prisonniers sont des terroristes. Il y a plus de 2000 prisonniers de Naplouse dont 30 femmes et 150 mineurs. Les chiffres peuvent augmenter considérablement du jour au lendemain en cas d’arrestations massives, ce qui n’est pas rare . Il est donc difficile d’avoir des fichiers exactement à jour. Il nous indique la diffusion d’émissions de radio et de télé quotidiennes, destinées aux familles ainsi que des émissions de messages des familles aux prisonniers. Il nous présente une mère de prisonniers (3 fils, 1 fille) qui n’est autorisée que très, très rarement à rendre visite à ses enfants et décrit l’arbitraire et l’arrogance dont font preuve les gardiens : les familles sont sensées pouvoir apporter 4 fois par an des vêtements ; tout est fouillé, parfois les colis sont réfusés pour des raisons futiles (couleur) ou inconnues, le tout assorti de brimades. Ensuite, nous écoutons les témoignages de 2 jeunes femmes, ex-détenues, dont l’une est veuve avec 2 enfants ; elle a pu bénéficier d’une loi qui permet de partager sa peine (temps d’incarcération) avec d’autres militants condamnés également, dont un de ses frères. Elle nous décrit des conditions d’arrestation particulièrement pénibles : elle est restée 3 jours dans la base du check-point de Huwara les yeux bandés, les pieds attachés ; elle a subi 43 jours d’interrogatoire. Nous donnerons plus d’infos dans le rapport que nous rédigerons particulièrement sur les prisonnières. L’après-midi, nous visitons le centre de Naplouse et discutons avec des étudiants apparemment amis de jeunes miliciens armés qui gardent l’entrée de la vieille ville , contre d’éventuelles incursions d’Israéliens (?) nous dit-on. Le lendemain nous prenons 2 taxis pour Jénine, nous longeons les camps de Balata et d’El Askar à droite, apercevons de loin le barrage de Msakien Chaabieh et les communes de El Badan et El Ferraa ; soit dit en passant, aucune de ces quatre communes ne figure sur la carte israélienne ! A l’arrivée à Jénine, nous sommes chaleureusement accueillies par de jeunes profs (palestiniennes) d’EPS avec lesquelles Nina travaille régulièrement depuis 4 ans dont 2 sont venues à Paris et à ... Blainville ! Nina a d’ailleurs eu maille à partir avec son administration pour leur faire visiter son collège ! Au Club des prisonniers, le directeur nous souhaite la bienvenue « indépendamment des noms et des appartenances politiques et remercie notre peuple, notre gouvernement et notre président de la République ». Salima lui répond que nous ne sommes pas une délégation officielle et insinue que nous nous démarquons du président récemment élu. Il paraît surpris, puis nous dit que le peuple palestinien ne veut pas de tueries, qu’au contraire elles sont néfastes pour lui. Ensuite il nous donne des statistiques en insistant sur les prisonniers âgés, malades ou handicapés. Il dit que l’entre-aide sociale peut être un motif d’arrestation (45% des cas) que la torture est généralisée (95%) et que 70% des incarcérés sont interdits de visites, que les détenus n’ont pas droit aux médicaments, que la nourriture est infecte ce qui est reconnu par des associations israéliennes des droits de l’Homme. Ensuite il nous présente Wafa, la présidente de l’Union des femmes pour le district, qui nous dit être honorée de notre visite, explique brièvement l’histoire et la structuration de l’UGFP dont le but est d’élever le niveau des femmes palestiniennes. « Il y a des ateliers, des conférences, on essaie de faire le lien avec les prisonnières. Beaucoup de femmes de l’Union ont un passé politique. Il y a des rapports avec les FEN d’Italie ».Elle-même a été arrêtée en 86, interrogée pendant 18 jours . Pendant sa détention, elle a participé à une grève de la faim pour soutenir un mouvement de protestation de femmes dans tout le pays. Par la suite, toujours à Jénine, nous sommes reçues par l’association féminine de soutien aux prisonnières « Le lien » constituée d’anciennes détenues. A propos de la correspondance avec l’étranger, elles nous disent que « certaines ne répondent pas parce qu’on ne leur donne pas les lettres, d’autres parce qu’elles ne comprennent pas l’anglais. Certaines détenues reçoivent les lettres de leur mari un an après. En prison, les journalistes ne s’intéressent qu’aux lourdes peines. L’écrasante majorité des femmes qui sont arrêtées le sont pour faire pression sur leur mari ou leurs frères suspectés d’être des résistants. En prison, on rêve d’une nouvelle vie, poursuit AZ , j’essaie de me réinsérer , c’est difficile ! On a créé cette association pour montrer au monde que nous ne sommes pas des terroristes. Les gens viennent nous voir et nous écoutent. Nous leur expliquons pourquoi nous avons été emprisonnées. Par exemple, moi j’ai téléphoné à mon frère pour avertir que l’armée arrivait, la communication a dû être interceptée ... » Ensuite nous sommes allées rendre visite au Freedom theater et au Cuneo-center qui feront l’objet de comptes-rendus ultérieurs.
Plusieurs d’entre nous se sont rendues cet après-midi du 20 à Bil’in pour participer à la manifestation hebdomadaire contre le mur d’apartheid et d’annexion , manifestation a laquelle j’avais déjà pris part en août 2005, lors du colloque international des Femmes en noir , avec plusieurs centaines de FEN du monde. Les militaires attendaient de pied ferme l’arrivée de la colonne de militants [ 100 a 200 personnes ] : des habitants du ’village’, essentiellement des jeunes, quelques Israéliens contre le mur et des ’internationaux’ assez nombreux dans les parages en cette saison. Il y avait moins de femmes, notamment d’aieules du village qu’il y a deux ans.
D’après ce que j’ai vu, dès que la tête du défilé s’est approchée à environ 100 mètres des barbelés, ils ont lancé des grenades lacrymogènes en grand nombre et d’autres projectiles, pourtant la manifestation était pacifique, rameaux d’olivier et drapeau palestinien ostensiblement mêlés. Un feu de broussailles s’est declaré, rapidement éteint par les manifestants à l’aide de leurs vêtements. Un jeune a été blessé, apparemment sérieusement, et a été rapidement évacué par une voiture particuliere. J’ai remarqué la presence de secouristes du Croissant rouge en plusieurs points. Les allées et venues des militaires et des manifestants ont duré deux heures environ. Nous sommes repartis en taxis collectifs sans encombre. Il faut savoir que Bil’in a fait école, notamment pres de Bet Lahem, où une manif hebdomadaire a lieu aussi le vendredi, sauf aujourd’hui car il y a eu des arrestations la dernière fois, des militants ont ete relâchés, une réorganisation est en cours. Demain, trois d’entre nous irons rencontrer dans sa ville, Buthina, la réalisatrice de Women in struggle, film qui retrace la vie de 4 prisonnières politiques palestiniennes, que nous avions accueillie à Caen l’an dernier. A suivre...
JLC
AHMAD DU CAMP DE JENINE
Ahmad aurait eu 14 ans cette année. En 2002 les soldats israéliens ont fait une incursion dans le camp de réfugiés de Jenine. Il y a eu 67 morts dont 50 enfants tombés sous les balles israéliennes. Ahmad était l’un d’entre eux. Le père d’Ahmad a voulu adresser un message au monde entier : « Tous les enfants palestiniens ont le droit à une vie de paix comme tous les enfants du monde » Pour cela, il a mis en place la fondation des enfants de Jenine. Il a créé un centre au cœur même du camp de réfugiés pour que les enfants puissent s’y retrouver pour y danser, jouer des instruments de musique. Les enfants souffrent de perturbations psychologiques et ce centre leur permet de s’exprimer à travers la danse, la musique. Il voudrait également développer une activité théâtrale. A travers cette fondation qui accueille 180 enfants de 6 à 16 ans le père d’Ahmad espère revoir le sourire et la joie dans les yeux des enfants et à travers eux le sourire d’Ahmad. Ahmad a reçu 2 balles mortelles, une dans la tête, une dans le ventre. Le père d’Ahmad a alors décidé de donner les organes de son fils à d’autres enfants indépendamment de leur nationalité. Sur les sept receveurs des organes, cinq sont encore en vie mais surtout quatre receveurs sont israéliens et le père d’Ahmad voit régulièrement ces enfants. A travers eux Ahmad est vivant. Quatre enfants israéliens vivent grâce aux organes d’Ahmad, palestinien. Quel plus beau message de paix… F L |