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Les soldats israéliens parlent de leur "job"

extraits
publié le vendredi 28 septembre 2007.

Ce qui suit n’est qu’une petite partie de l’article de huit pages paru sous le titre HAMEDOVEVET [= celui/celle qui fait parler les gens] dans le supplément hebdomadaire de Ha’aretz du 21 septembre 2007. L’article signé par Dalia Karpel se base sur une recherche universitaire, publiée par Nofer Ishai-Karen et le professeur de Psychologie Joel Elizur, de l’Université Hébraïque dans Alpayim Magazine, vol. 31. Cet article n’a pas été traduit dans le supplément de Ha’aretz en anglais, mais la page originelle en hébreu : http://www.haaretz.co.il/hasite/spa... est accessible par moments.

Entre temps, une traduction partielle en anglais due à Allan Solomonow a été publiée [ http://www.thepeoplesvoice.org/cgi-... et autres]. Sa traduction en français apparaît ci-dessous.


Une nouvelle étude israélienne confirme nos pires craintes.

“Nous –les soldats israéliens – avons été mis là pour punir les Palestiniens”, dit Ilan Vilenda, un soldat israélien qui a fait son service à Rafah pendant la première Intifada [1987-1992, ndt.] Ilan est le seul soldat, sur 21, qui a accepté qu’on publie son nom, après son interview par la psychologue Nofer Ishai-Karen.

Les soldats ont parlé librement à Nofer, qui a fait son service dans le même peloton ASHBAL il y a 20 ans ; ils révèlent leurs émotions les plus rentrées sur les horribles crimes auxquels ils ont participé : meurtre, fracture des bras d’enfants Palestiniens, actions humiliantes, destruction de biens, pillage et vol.

Témoignage du soldat “A” :

“Nous avons décidé de mettre un type bien connu dans une cellule de détention provisoire de notre base. Un Palestinien a été emmené là, mains liées, et bâillonné si bien qu’il ne pouvait ni parler ni bouger. On l’a ‘oublié là pendant 3 jours’ ».

Témoignage du soldat “B” :

« C’était ma première patrouille. Les autres tiraient simplement comme des fous. J’ai commencé à tirer comme eux. Ils m’ont conditionné. J’ai pris mon arme et j’ai tiré. Personne n’était là pour dire autrement.”

— La psychologue Ishai-Karen a été choquée de trouver que les soldats aimaient l’ ‘intoxication du pouvoir’, et tiraient du plaisir de la violence. Elle a dit : « La plupart de mes interlocuteurs ont aimé la violence faite à leur initiative au cours de leur service d’occupation ».

Témoignage du soldat “C” :

« La vérité, c’est que j’aime ce foutoir, ça me plait. C’est comme d’être drogué. Si j’entrais pas dans Rafah, pour casser une rébellion, au moins une fois par semaine, ça me rendait dingue. »

Témoignage du soldat “D” :

« Ce qui est super, c’est que tu n’a à suivre ni loi ni règle. Tu sens que TU ES LA LOI ; tu décides. Une fois que tu es dans les territoires occupés, TU ES DIEU. »

Carence émotionnelle

Témoignage du soldat “E” :

« On conduisait un APC dans Rafah. Un homme de 25 ans marchait par là. Il ne nous a pas lancé de pierre ni rien. Et puis sans raison « X » lui a tiré dans l’estomac. On est partis, il gisait sur le trottoir ».

Témoignage du soldat “F” :

Il y a eu “des durs” qui en faisaient ‘une idéologie’, d’après quoi on devait réagir brutalement au moindre événement. Une femme m’a balancé une sandale. J’ai shooté du pied dans le bas ventre. Je l’ai cassée. Elle ne peut plus avoir d’enfants maintenant. La prochaine fois elle me lancera plus de sandales … Et quand une autre femme a craché sur moi elle a pris un coup de crosse dans la figure. Elle ne peut plus cracher maintenant.

Le soldat “G” décrit sa première entrée de force dans une maison pour arrêter un Palestinien :

« Il était vraiment fort, environ 30 ans. Il a refusé la détention. On l’a frappé mais on n’arrivait pas à le maîtriser. Des gens sont venus nous jeter des pierres. On l’a battu et on lui a dit de se coucher. Jusqu’à ce qu’il le fasse. On l’a conduit à la base. Entre temps il avait perdu conscience. Il est mort quelques jours plus tard”.

Nofer Ishai-Karen : “Certains NCO’s ont encouragé les soldats à se comporter brutalement, et ont donné leur propre exemple. »

Témoignage du soldat “H” :

Après deux mois à Rafah, un nouveau sous-officier (NCO) est venu. La première patrouille qu’il commandait était à 6 heures. Rafah était sous couvre-feu. Pas une âme dans les rues. Et puis il a vu un petit garcon, environ 4 ans, qui jouait dans le sable dans la cour de sa maison. Il faisait un château de sable. D’un seul coup le gradé, un type du corps des Ingénieurs, court après le gamin. On le suit. Il attrape le gosse et lui casse le coude. Il casse le coude du gamin ! Que je sois damné si je ne dis pas la vérité ! Et puis le NCO lui a piétiné l’estomac à trois reprises avant de partir. On croyait pas nos yeux … Mais le lendemain on est parti en patrouille avec ce type et les soldats ont commencé à l’imiter…

Et alors ?

Certains gars n’encaissaient pas. Le cas du traitement atroce de trois adolescents, qui ont été liés mains et pieds par un sergent-chef, les a poussé à alerter un officier supérieur. « Quand l’infirmier est arrivé les garçons saignaient de partout, leurs vêtements étaient pleins de sang, et ils tremblaient de peur. Ils ont dû se mettre à quatre pattes comme des chiens et ils avaient peur de bouger. » Le NCO a été puni de trois mois de détention. Mais le commandant de peloton a soutenu le NCO et réprimandé les soldats scrupuleux pour avoir ‘diffamé le peloton’.

Nofer Ishai-Karen : “La valeur sacrée de l’armée [israélienne] est la « solidarité des combattants », c’est-à-dire la loyauté envers vos frères combattants. Les pelotons protégeaient leurs secrets, comme une famille protège son ‘mouton noir’. Les confrères militaires voient les objecteurs de conscience comme des traîtres. » La dissimulation a été totale quand notre ‘brave mec’ fut excommunié et mis à l’écart par tout le peloton. Et le NCO ? Il est parti du pays, il vit maintenant aux USA. La majorité des soldats de ces pelotons ont quitté Israël. Seuls 5 sur 6 d’entre eux restent en Israël.

Nofer a étudié les deux pelotons ESHBAL et ESHKHAR, ce dernier a selon elle été plus extrêmement violent.

Finalement, retour sur Ilan Vilenda, le seul soldat ayant permis à Nofer de citer son nom et même d’être photographié. Vilenda était sergent-chef chargé des ‘opérations’.

Témoignage d’Ilan Vilenda :

« Notre boulot c’était de les battre … J’ai personnellement frappé un ou deux garçons. Avec les mains ou avec la matraque. On battait plus durement les adultes [Palestiniens]. On agissait comme des policiers mais hors de la loi. Il y avait ce Palestinien qui avait la télé chez lui. La coupe du monde de football avait lieu, et on avait l’habitude d’envahir son logis pour voir les matchs. A la fin il en a eu assez et nous a demandé de prendre la télé et de partir.

“Je suis né dans un kibboutz, d’une famille qui avait des valeurs humaines, ‘sionistes de gauche’. Les Palestiniens nous lançaient des tonnes de pierres. Alors qu’au début mes options idéologiques me retenaient, ma colère a accumulé, et je l’ai relâchée violemment. Ca devait arriver. On était là « pour les faire payer ». Mes points de vue politiques ont changé aussi. Je soutiens maintenant le Parti National Religieux d’extrême droite ». Après son service militaire, Vilenda et cinq autres Israéliens ont été arrêtés à Goa en Inde en possession de LSD. « Je voulais servir mon pays. C’était ma tâche … mais toute l’IDF (l’armée) exécute des ordres illégaux. »

Qui est responsable ?

« Le Général Matan Vilna’I (maintenant vice-Ministre de la défense sous la direction d’Ehud Barak) était à l’époque (pendant la première Intifada) chef du commandement sud de l’IDF. Il visitait souvent notre peloton et discutait avec les soldats, dit Nofer. Mais … et voilà … les ‘Instruments du DENI et de la DISSIMULATION’ étaient à l’oeuvre… »

De plus : L’armée israélienne ne fournissait pas d’entraînement régulier aux unités, les soldats n’avaient pas non plus de permissions régulières, ni de temps libre pour récupérer. Les soldats interviewés ont redit que plus ils étaient en opération [contre les Palestiniens à Rafah] sans permission, plus ils devenaient violents à imposer leur type de ‘Loi et Ordre’. Ils ont déclaré que « [les commandants d’] armée étaient conscients de la dérive vers la violence, et l’encourageaient pour garder des effectifs ».

NOTES :

Le Général Matan Vilna’i doit avoirs su ce qui se passait. Des gradés de haut rang qui servaient en Cisjordanie occupée ont exprimé des avertissements similaires contre le comportement de l’armée israélienne. « Les ordres laissaient un brèche béante, une marge … de ‘zone grise’ intentionnellement non spécifiée, qui encourageait le comportement violent des soldats », a dit le Colonel de Réserve Elisha Shapira, qui a servi dans la zone de Naplouse à la même époque. On disait aux soldats « ne frappez pas les Palestiniens – mais amenez-les à l’interrogatoire ‘avec la grosse tête’ – enflée ».

Les événements sur lesquels Nofer Ishai-Karen a recherché ont eu lieu il y a environ 17 ans. La situation s’est encore détériorée depuis. Maintenant un général de l’armée israélienne et des forces aériennes se dit ouvertement fier d’actes de vengeance contre des civils Palestiniens. Le général de division Eliezer Shkeidi s’est satisfait d’annoncer que ses pilotes passent le mur du son sur Gaza, produisant des bangs sonores.

Ceux-ci causent des symptômes post-traumatiques sévères sur les jeunes enfants ; ils ont aussi causé des fausses couches parmi les femmes enceintes. Le mitraillage indiscriminé de maisons palestiniennes a causé de nombreuses morts dernièrement, dont de nombreux enfants. Le cabinet israélien, soutenu par Washington, a dit qu’il interromprait les apports de courant et de fuel à Gaza.

[1] Il s’agit d’une traduction abrégée d’un article par Dalia Karpel intitulé « Hamedovevet » [= celui/celle qui fait parler les gens]. L’article est paru sur le supplément du week-end en Hébreu, le 21 septembre 2007. Il se base sur une recherche universitaire, publiée par Nofer Ishai-Karen et le professeur de Psychologie Joel Elizur, de l’Université Hébraïque dans Alpayim Magazine, vol. 31. [2] L’article n’a pas été traduit en anglais et n’est donc PAS apparu dans l’édition en anglais de Ha’aretz. [3] Le professeur de psychologie Joel Elizur, de l’Université Hébraïque, qui a dirigé la thèse de Nofer Ishai-Karen, a servi comme réserviste dans le Département de Santé Mentale de l’armée israélienne. Mais l’IDF (l’Armée) ne l’autorisait pas à faire des recherches sur la violence des soldats israéliens. Les chercheurs détiennent les enregistrements bruts. [4] A ma connaissance, l’armée israélienne n’a jamais été accusée d’un seul cas de mauvais traitement ou de meurtre de Palestiniens par des soldats devant une cour valable.


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