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2 septembre 2010
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| Partir en Palestine, agir, témoigner, rompre l'isolement : des citoyens avec le peuple palestinien |
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Chroniques de GAZA : AID SOUS EMBARGO
publié le jeudi 10 janvier 2008. "A Gaza on combat des ombres, des soldats invisibles, qui se manifestent par la voie des airs : déverse les balles tant que tu peux, tant que tu veux, ils ne descendront pas du ciel. L’absence d’un ennemi physique rend fou. On entend les bruits sourds des bombardements qui font trembler les portes, exploser les vitres des fenêtres, les survols des drones, on finit malheureusement par s’y habituer…" Les palestiniens de la bande de Gaza ont fêté l’Aïd, du moins ils ont essayé. Une voiture pilonnée, quatre personnes tuées, c’était la veille de l’Aïd. Les enterrements se succèdent dans le cimetière du camp de Nuseirat. Les morts accompagnés de leurs cortèges funéraires défilent. Les militants sont en colère. Les profonds silences alternent avec les tirs soutenus des armes. La population descend dans la rue et vient grossir les cortèges. L’enterrement prend des allures de manifestation. Les petits se penchent à la fenêtre, eux aussi ont envie de participer : pourquoi ne pas descendre avec des pétards pour crier ? Cependant, il n’est pas facile d’échapper à la surveillance de sa mère qui, inquiète, ramène dans la pièce principale les petits qui tentent de sortir de la maison. L’armée d’occupation a principalement visé des militants de la direction de la branche armée du Jihad islamique, Saraya al-Qods, assassinats justifiés bien entendu, au nom de la sécurité d’Israël. Une vingtaine de morts en l’espace d’une semaine, c’est le tragique bilan de l’Aïd. Un Aïd qui fut ensanglanté, un Aïd sous embargo, une population saignée chaque jour un peu plus. Chaque jour ou presque, une maison hurle sa peine et son exaspération, relayée par les militants et la population… Le muezzin de la mosquée d’en face annonce, jour après jour, les noms des morts et scande des odes funèbres. Les murs se couvrent au fil des heures d’un peu plus de noms et deviennent le support de liste macabre. Ce matin, le cimetière de Nuseirat, était couvert de drapeaux. Chaque parti est venu exprimer son soutien, sa peine et sa détermination dans son combat contre l’occupation. A Gaza on combat des ombres, des soldats invisibles, qui se manifestent par la voie des airs : déverse les balles tant que tu peux, tant que tu veux, ils ne descendront pas du ciel. L’absence d’un ennemi physique rend fou. On entend les bruits sourds des bombardements qui font trembler les portes, exploser les vitres des fenêtres, les survols des drones, on finit malheureusement par s’y habituer… Se faire bombarder, pilonner, c’est le quotidien des gazaouis et c’est aussi un non évènement, ce qui fera l’évènement en soi, serait un jour calme, tranquille… La violence du colon s’est insérée sournoisement dans le vocabulaire du quotidien, aujourd’hui on se lève, on mange, une voiture se fait pilonnée, tu as fait quoi hier ? J’étais à l’enterrement d’un ami… Et quand le ciel se calme, c’est sur terre que la violence agit, par les incursions quotidiennes dans les zones proches de la frontière, ou plutôt aux extrémités de la « cage » : la camp d’Al-Maghazi le troisième jour de l’Aïd, le vingt-sept décembre dans les villages situés à l’est de Khan Younès...et c’est une liste non exhaustive. On entend ici et la, que ces opérations militaires seraient un entraînement à une invasion de la bande de gaza dans sa totalité. Pour d’autres, il s’agirait d’un prélude à une opération militaire de grande envergure. Deux scénarios dont la différence apparaîtra dans le nombre des morts, dans l’intensité de la violence, et dans la durée de l’agression. La violence de l’occupation ne se manifeste pas seulement par les bombardements, les incursions militaires ou encore les assassinats. Ce n’est qu’une partie de l’enfer quotidien de Gaza, l’autre côté, c’est l’embargo, ou la privation continue. Quatre vingt pour cent de la population palestinienne de la bande de Gaza ne vie, ou plutôt ne survie que grâce a l’aide humanitaire distribuée par l’UNRWA, qui craint, à en lire ses rapports, de ne pouvoir assurer son rôle, si l’embargo est toujours maintenu dans les prochaines semaines. Les palestiniens se contentent de ce qu’il existe sur le marché, et on se nourrie quotidiennement de fallafels, de foul, de pommes de terre, et quand on en a les moyens, d’un peu de viande, qui est pour la plus part du temps du poulet. Beaucoup de choses manquent actuellement sur le marché et beaucoup de produits sont périmés. Il est de tradition d’offrir pendant l’Aïd des confiseries ou des chocolats, mais les seuls disponibles datent de l’année dernière, faute de renouvellement, de même pour les vêtements, les chaussures…les réserves vont bientôt être vides. Toutes les traditions propres à l’Aïd sont alors condamnées. Difficile pour Uthman d’offrir comme il se doit, de l’argent à ses sœurs. Alors, on essaie de trouver des astuces qui puissent satisfaire tout le monde, on fouille dans ses affaires et on offre ce qu’on y trouve. A Gaza, on s’habitue aux bougies, les coupures d’électricité sont lot commun. A chaque fois, la même question, combien de temps cela va-t-il durer ? La vie se trouve alors paralysée, maisons, magasins, hôpitaux… Les plus chanceux ont des générateurs, les autres fonctionnent au gaz ou à la bougie, quand on trouve. Les gens s’y habituent et finissent même quelques fois à en rire ou à y trouver un intérêt. Pendant un des repas de l’Aïd, survint une coupure d’électricité, la tante de Wissam me dit alors : « Tu vois, finalement, avec ces coupures on finit par retrouver un climat plus chaleureux, plus convivial, on s’amasse tous autour d’un feu, ça me rappelle un autre temps. » Tous les quartiers ne sont pas touchés en même temps par les coupures, on sort de la pénombre pour retrouver une rue éclairée ou inversement. Certains jours cinq ou six coupures d’électricité se succèdent en l’espace d’une soirée. Le pétrole fait aussi défaut, ce qui rend très difficile la circulation des individus à l intérieur de la bande de gaza. Il n est pas rare de voir un taxi arrêté sur le bas côté de la route, faute de pétrole. Alors on improvise : soit on a bidon d’essence dans le coffre, soit on attend qu’une bonne âme s’arrête et nous donne de quoi pouvoir repartir, ou alors on monte à dos d’âne. Certains chauffeurs de taxis ont vendu leurs voitures pour des ânes et se sont reconvertis dans d autres secteurs d activités, tels que la vente ambulante de légumes, de fruits… On essaie de travailler un peu comme on peut. Beaucoup de personnes sont au chômage, l’embargo a provoqué de nombreuses fermetures d’usines. Les associations de chômeurs sont bientôt plus importantes que les syndicats de travailleurs. Lors du trajet entre Gaza ville et Nuseirat, le taxi est tombé en rade, il fait nuit, on entend deux apaches survolant la route côtière. La voiture est bondée, nous sommes neuf adultes et quatre enfants. L’arrêt du taxi fait paniquer les plus petits d’entre nous, le chauffeur essaie de trouver une solution, il craint de ne pouvoir nous mener à destination. Il sort un bidon d’essence du coffre, il contient encore un peu d’essence, apparemment suffisamment pour arriver à Nuseirat mais peut-être pas assez pour en repartir. Deux hommes sortent du taxi, et poussent le véhicule qui redémarre péniblement. Une demi heure après l’incident technique, nous rentrons dans le camp de Nuseirat. Dans la rue principale la tension est palpable. Des membres de Fatah organisent un mini festival dans le club de jeunesse. Les forces exécutives arrivent et c’est le début des provocations, des insultes, des coups de feu retentissent, bilan, cinq arrestations et plusieurs blessés. Des femmes dans le taxi, expriment leur fatigue et leur désarroi face à la situation interne. L’une d’entre elles dit à l’autre : « Chacun d’entre nous doit rester chez lui, et ne doit pas prendre partie pour l’un des deux. Je préfère qu’un combattant meure des suites d’un combat avec les israéliens plutôt que dans une sale affaire comme celle-là. » Rien ne rentre et rien ne sort. Gaza c’est une grande cage. L’enfermement est une composante essentielle de la stratégie israélienne visant à la déshumanisation du peuple palestinien. Tout manque : nourriture, médicaments, même les banques n’ont plus d’argent. Le déni du droit à vivre, la privation, on tue à petit feu, lentement mais sûrement. Du café Délice, on voit les ambulances entrer à toute vitesse dans l’Hôpital Al-Shifa, qui n’a maintenant d’hôpital que le nom. Abu Julia, me dit, « Jeldi timsah », ce qui signifie, ma peau est comme celle d’un crocodile, et il poursuit : « Depuis sept ans, je vois toujours la même chose, des ambulances qui rentrent dans l’hôpital et des cortèges funéraire qui en sortent. Je n’éprouve plus aucun sentiment envers la mort ». Puis arrive Muhammad, qui vient de rentrer à Gaza il y a deux mois après quatre ans dans les geôles israéliennes, lorsqu’il était étudiant à l’université de Bir Zeit. Il n’était pas revenu à Gaza depuis le début de ses études en 1999. Sortir d’une cage pour rentrer dans une autre. Il évoque au fil de la conversation quelques souvenirs de prison, ainsi que son ami et camarade de cellule Salah Hamouri, un franco-palestinien, qui est lui toujours emprisonné. Il ne parle pas trop, et marche comme si il était encore en cellule, il tourne en rond et n’aime pas s’asseoir. E.ALHAJ 6 janvier 2006 |