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Résistance non violente et mobilisation de masse dans Gaza

Laila El-Haddad.
publié le mardi 26 février 2008.

Une autre frontière à ouvrir.

Alors qu’encore une fois, on manquait de gaz à Gaza ce week-end, le quotidien israélien Ha’aretz évoquait les « craintes » des états-majors militaires israéliens d’une manifestation civile de masse qui se dirigerait vers la frontière entre Gaza et Israël.

L’armée semble avoir « renforcé les troupes le long de la frontière avec la bande de Gaza, redoutant que des milliers de Palestiniens ne marchent sur la frontière pour protester contre les sanctions économiques d’Israël. »

Nombreux sont ceux qui ont appelé à une telle marche massive, la considérant comme le moyen le plus efficace de briser le blocus et d’attirer l’attention du monde sur la situation désespérée de Gaza. Apparemment, le Hamas a aussi appelé aujourd’hui.

Quelque 40 000 Palestiniens sont attendus pour une marche le long de la frontière de la bande de Gaza dès lundi, à 10 h du matin, notamment des femmes et des enfants.

La brèche dans le mur de Rafah a été un moment fort, mais rien qu’un répit provisoire et finalement, elle a détourné l’attention de la question prioritaire : Gaza ne peut continuer à frôler la catastrophe, survivant de cargaisons d’aides en cargaisons d’aides, recevant du carburant au compte-goutte ; et même si cela était, cela ne changerait rien au fait que l’occupation est toujours là ; que le « statu quo » dans « l’acceptation d’un esclavage bénin, dans la plus grande liberté ! » pour citer Mahmoud Darwish, n’est plus acceptable.

Et si cela ne peut se faire par l’action internationale et un changement de politique des gouvernements des principales puissances, alors marchons massivement sur Erez. Par ailleurs, je reste convaincue qu’une telle marche à une force symbolique énorme. Je pense qu’il se pourrait bien que l’armée israélienne ait peur d’une telle action de résistance civile massive plus que de toute autre action, car ce n’est pas une chose à laquelle elle peut facilement « riposter » sans contestation dans le monde (bien que le monde ait largement été d’accord avec le génocide auquel Gaza est soumis depuis si longtemps).

Je me suis souvent demandé pourquoi il n’y a pas plus de « résistance non violente » dans le bande de Gaza. C’est une question à laquelle il est délicat, mais essentiel de répondre, je crois qu’on a pensé que le monde, en aucune manière, n’était nécessairement à l’écoute, ou prêt à réagir, alors pourquoi combattre « le feu avec des fleurs » quand vous pouvez combattre « le feu par le feu ». Du moins, je crois que c’était l’idée qui dominait au début de la Seconde Intifada quand Israël utilisait une force bien plus militarisée et meurtrière.

Toujours sur cette question, je ne pense pas que l’on doive mettre la responsabilité du choix de la forme de résistance sur une population qui subit la puissance militaire de la quatrième plus grande armée au monde (signification, stratégie et efficacité mises à part, il serait quasiment outrecuidant de dire à une population occupée qu’elle doit résister et comment elle doit résister).

Cela ne veut pas dire que la résistance non violente a été complètement absente du combat palestinien. La Première Intifada en est le premier exemple, mais aussi la Seconde Intifada, bien qu’elle ait manifestement été plus militarisée.

Un article de Ben White, « La résistance non violente est un moyen, pas une fin », d’octobre 2007, publié par The Electronic Intifada, notait :

« Ce n’est pas à cause d’une satisfaction (de quelques-uns) ou de la seule lassitude (de beaucoup) que la mobilisation de masse est rendue si difficile. Les Palestiniens redoutent aussi deux aspects essentiels pour le succès du combat populaire non violent, dans leur situation : la couverture médiatique internationale et une répression limitée par l’oppresseur. Comme indiqué ci-dessus, le « combat populaire » a toujours fait partie de la résistance palestinienne à l’occupation et à la colonisation, mais il ne bénéficie que d’une couverture médiatique mineure par rapport à la résistance violente. »

J’ai cependant noté une certaine évolution. Le Hamas semble faire un effort plus concerté pour une telle mobilisation de masse dans la bande de Gaza, tout en faisant comprendre qu’il ne renoncera pas à son « droit légal à toutes formes de résistance » (une interview de Khaled Meshal que j’enverrai bientôt).

Un exemple frappant en a été la brèche dans le mur à Rafah, provoquée par un groupe de femmes et d’enfants. Un autre a été l’action de toutes ces femmes, sans armes, du mouvement islamique (dont la députée Jamila Shanty) pour protéger et venir en aide à plusieurs combattants assiégés dans la mosquée de Beit Lahiya, il y a un an et demi. Deux de ces femmes avaient été tuées par Israël.

Et il faut noter que le Hamas fut le premier groupe palestinien à initier le choix de « pas d’armes » dans les manifestations publiques.

Laila El-Haddad est une journaliste free-lance qui vit dans la ville de Gaza. Elle a appelé son blog Raising Yousuf en reprenant le prénom de son fils âgé de deux ans.

24 février 2008 - Son blog : Une mère de Gaza – traduction : JPP


Laila El-Haddad.

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