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2 septembre 2010
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| Partir en Palestine, agir, témoigner, rompre l'isolement : des citoyens avec le peuple palestinien |
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Chroniques de Gaza : GAZA SOUS LES BOMBES, MARS 2008
publié le dimanche 16 mars 2008. Dans la rue, les visages sont fatigués et en disent long sur la dernière nuit d’épreuve. Tout au long de la journée les murs ont tremblé. Jamal nous apprend que l’association médicale dans laquelle il travaille a été totalement anéantie. Quant à Chadi, il ne reste plus rien de sa maison de famille, qui jouxtait un des bâtiments liés au ministère de l’intérieur, lui aussi détruit. Le soir arrive et les bombardements continuent, la liste des morts s’allongent et les coups de mitraillettes retentissent plus fort encore. Et pourtant la vie poursuit son chemin, en bas de chez nous, certains trouvent encore l’énergie et la force de vivre, un mariage est organisé. On peine à distinguer les tablas des bombardements incessants, et tant mieux. Chroniques de GAZA, 2008
E. Alhaj se trouve à Gaza : elle nous envoie régulièrement (en fonction des moyens techniques dont elle peut disposer, étant donné l’embargo sous lequel est tenu la Bande de Gaza et les coupures d’électricité qui en résultent), des récits, des témoignages, des photos, des films...
GAZA SOUS LES BOMBES
Ouvre vite les fenêtres et bloque les portes avec des chaises ! Les hélicoptères et autres appaches survolent la ville, on les entend, ils sont justes au dessus de l’immeuble. Le présentateur de radio Al Qods conseille de fermer les bouteilles de gaz, on ne sait jamais… Le camp de Shati en a pris un coup. On entend à la radio qu’un enfant âgé de six mois est mort suite à un bombardement. Dans la journée, la tension était palpable. L’armée israélienne a fermé Erez, aucun journaliste étranger ne rentrera pendant la boucherie, aucun ne pourra filmer l’impensable, l’horrible. Les israéliens gagnent alors la bataille médiatique. Les israéliens ont décidé de tuer des civils, et le nombre de morts est décidé par la direction politique israélienne. On ferme la boite, personne ne verra ce qui se passe ici, tous les regards sont dirigés vers Sdeirot. On nous parle d’une guerre, de deux armées…je cherche des yeux l’armée palestinienne, mais où est-elle ? La radio annonce les noms des morts, parmi eux des enfants, dont une âgée de six mois : Il y a deux jours seulement, dans la salle d’attente du médecin de Nuseirat, que tout Gaza vient voir, un groupe de femmes essayaient de rassurer une vieille dame arrivée depuis un mois à Gaza qui avait profiter de l’ouverture des frontières. « Elle est fatiguée et très âgée me dit sa fille, elle arrive d’Al Arish, elle a quitté la Palestine il y a soixante ans ». Soixante ans ? « Quel âge avez-vous ya hajja ? ». La femme me répond qu’elle en a quatre vingt. « J’avais vingt ans quand j’ai du quitter la Palestine, je viens de Yaffa ». Je n’ose pas lui demander plus de détails. Elle tremble et demande à sa fille : « Ils tuent toujours des enfants ? J’ai peur de monter dans le taxi. Et si ils nous bombardaient nous aussi ? ». Sa fille tente tant bien que mal de la rassurer : « Mais, non maintenant ils sont parti, ils bombardent, mais seulement des voitures de militants ». Les visages se scrutent, un lourd silence s’installe dans la salle. Nous n’aurons pas le temps de souffler, l’hiver est rude. L’euphorie née de l’ouverture des frontières aura été de courte durée. Mis à part les étalages remplis des magasins, rien n’a changé. Ces réserves ne suffiront pas. Les médicaments calmeront temporairement la douleur des malades mais ne les soulageront pas définitivement. Il n’y en aura pas d’autres pour les nouveaux blessés. Les bombardements continuent de plus belle. Le ministère de l’intérieur a été détruit de même qu’un bâtiment lié au précédent, deux ateliers d’artisans forgerons, un à Gaza et l’autre à Khan Younès. Le but est clairement avoué, détruire ce qu’il reste encore. On se réveille à coup de bombardements, les fenêtres sont restées ouvertes toutes la nuit, pour éviter qu’elles éclatent en mille morceaux sur nos têtes. Les nouvelles tombent, neuf morts, dont quatre enfants. Dans la rue, les visages sont fatigués et en disent long sur la dernière nuit d’épreuve. Tout au long de la journée les murs ont tremblé. Jamal nous apprend que l’association médicale dans laquelle il travaille a été totalement anéantie. Quant à Chadi, il ne reste plus rien de sa maison de famille, qui jouxtait un des bâtiments liés au ministère de l’intérieur, lui aussi détruit. Le soir arrive et les bombardements continuent, la liste des morts s’allongent et les coups de mitraillettes retentissent plus fort encore. Et pourtant la vie poursuit son chemin, en bas de chez nous, certains trouvent encore l’énergie et la force de vivre, un mariage est organisé. On peine à distinguer les tablas des bombardements incessants, et tant mieux. La nuit du jeudi au vendredi aura été d’une extrême violence, bien plus terrible que la première. Nous sommes suspendu aux lèvres du présentateur radio, d’autres bombardements ont lieu à Jabalia et à Khan Younès. Les appachis, F16, et drones survolent toujours. Ils tournent en rond au dessus de nos têtes, on dirait presque que les pilotes s’amusent. Du haut de leur cabine, Gaza n’est qu’une simple carte, les gens qui y vivent de simples pions à abattre. Les moteurs s’actionnent et gagnent en vitesse, on se demanderait presque si ils n’allaient s’écraser sur notre immeuble. Mais non, cela n’est qu’un fausse attaque, qu’ils répèteront tout au long de la nuit, une pression psychologique, en plus des réels bombardements. Nous sommes passés au deuxième stade, la boucherie va réellement commencé ; ce que nous venons de vivre n’est qu’un avant goût de ce qui nous attend. Le présentateur de Radio Al Qods annonce les noms des morts : enfants, familles, résistants … Tout les quarts d’heure la même scène se répète, en boucle : un appachi survole, le F16 établi une couverture sonore, le bruit causé par le F16 s’intensifie, un bombardement ou deux, un instant de silence, le bruit des ambulances…et ça recommence. Le présentateur radio annonce que toutes les ondes radio palestiniennes ont été infiltrées par l’armée israélienne. L’armée s’adresse ainsi directement aux palestiniens. Ici, on ne voit pas les soldats de l’occupation, mais par contre on les entend. Des messages pour signifier aux palestiniens que ce qu’ils vivent actuellement est le fruit de leur affront, c’est une punition. Puis on monte d’un degré dans la menace. Plusieurs familles dont un des membres fut tué jeudi ont été appelées par l’armée, qui les a sommé de quitter leur domicile pour le bombarder. Toutes les radios palestiniennes appellent les habitants à venir se réunir en nombre autour des dites maisons pour empêcher l’armée de tirer. Cependant, certaines familles qui ne furent pas appelées furent bombardées. On entend le F16 de plus belle, il tourne au dessus de nous encore et encore, cette mascarade dure environ dix minutes, dix minutes insoutenables, de pression. Nous nous sommes réfugiés dans la pièce principale, la plus protégée, bien que tout cela soit très relatif. Le bruit du tir fait trembler les murs. C’est la maison de Khalil, assassiné ce matin, qui a été visée, dans le camp de Shati. La maison est détruite, heureusement il n’y pas de victimes, tout la famille était aux funérailles de Khalil... Il est trois heures du matin, nous sommes extenués, il est temps d’essayer de dormir, entre deux tirs. Le vendredi matin est étrangement calme. Bilan de ces trente six dernières heures : trente trois morts dont neuf enfants. Samedi : cette journée est la plus sanglante depuis le début de la deuxième Intifada, une soixantaine de morts, et le chiffre augmente…. Le monde est focalisé sur la ville de Sdeirot….mais de l’autre côté du mur on est arrivé à une centaine de morts… Jabalia est ensanglantée. Le nombre d’enfants assassiné ne cesse d’augmenter, une petite fille de deux jours, un petit garçon de six mois, et d’autres encore, je ne connais pas leurs noms… Trois hommes ont été torturés par des soldats, dans la rue. Leurs corps martyrisés gisent inanimés sur le sol ; les ambulances ne parviennent pas à les récupérer. L’armée a fait une rafle dans le camp de Jabalia, tous les hommes ont été sommés par la force de sortir de leurs maisons. Des femmes furent quant à elles enfermées par l’armée dans une pièce et interdites de sortir. Un bâtiment hébergeant des associations, dont un jardin d’enfants, a été utilisé comme base militaire par l’armée. Le bâtiment a été entièrement saccagé, l’infrastructure éducative détruite. Ils sont également rentrés à Rafah, ils viennent de bombarder une mosquée, à l’heure de la prière du fagr, cinq personnes en train de prier ont été tuées. Des ambulances ont réussi à franchir le passage de Rafah apres s’être fait tirer dessus par l’armée. Les israéliens ont encore appelé des familles de personnes tuées aujourd’hui pour les avertir qu’ils vont exploser leurs maisons… Jusqu’à quand ? Ce samedi plus de soixante dix personnes ont été sauvagement assassinées. En l’espace de cinq jours, cent vingt palestiniens ont perdu la vie. Il n’y a plus de place dans les hôpitaux, les médecins sont débordés, les blessés et les morts ne cessent d’arriver, par dizaines. Gaza pleure ses morts. Il n’y a plus de ciment pour fabriquer des tombes, ici même les morts subissent l’embargo. Eman Alhaj |