30 juillet 2010
   
Partir en Palestine, agir, témoigner, rompre l'isolement : des citoyens avec le peuple palestinien
 
 
 
 
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138ème mission-juillet 2008

publié le mardi 8 juillet 2008.

La mission organisée par la CCIPPP et OLP (Orléans-Loiret-Palestine).



DES ENFANTS PALESTINIENS A ORLEANS EN 2009 :

COMMUNIQUE D’ORLEANS-LOIRET-PALESTINE/CCIPPP45

http://www.lechiendent.net/spip.php?article290


J 1 : Nous sommes donc sur Jérusalem ce qui nous frappe est la colonisation interne à la vielle ville : une rue se retrouve avec le même système sordide d’ordures balancées sur les arabes israéliens et les mêmes sinistres étoiles de David sont taguées comme à Hebron. Il faut un œil attentif pour repérer les portes blindées avec caméra et les colons qui rentrent dans les maisons. C’est principalement dans le quartier autour de la mosquée dans une stratégie de l’isoler peu à peu du quartier arabe.

Le nombre de maisons prises nous semble important et visiblement une stratégie hébronaise est en œuvre.

J2 : Bethléem, le tourisme a repris, les cars de touristes passent facilement mais le circuit est fait pour ne pas voir le mur qui a détruit la vie de nombreux quartiers ni la mise en cage des travailleurs palestiniens qui vont bosser en dehors. Le nouveau check point électronique est doublé de nouveau par un système de grillage, type bétaillère, comme dit une copine de la mission sidérée par la hauteur du mur et le traitement fait aux palestiniens. Le mur décomplexé et assumé par Israël est l’expression que nous avons trouvée.

Ce soir, la police palestinienne est désarmée à Bethléem mais des riches américains visitent la Holly church, conduits par des bodygards armés jusqu’aux dents et équipés de gilets pare- balles, suprême pied de nez à l’autorité palestinienne.

Les colonies autour de Bethléem sont en pleine construction, les camions et les grues tournent à plein régime autour de Jérusalem et Bethléem. Le mur est aussi en pleine construction.

Qui peut nous faire croire qu’Israël veut la paix ? Même le plus naïf des pacifistes qui voit ce ballet de camions ne peut que douter de la volonté de paix.

Demain, nous filons vers Ramallah pour diverses manifs et actions, samedi on nous attend à Askar

J3 : nous sommes à Ramallah. Ce qui nous frappe est la richesse des grosses bagnoles type 4 x 4 qui circulent : il y a une couche sociale qui vit très bien dans cette ville

Pour la première fois le bus régulier, le 18 , qui passe de Jérusalem et à Ramallah passe le check point sans que nous ayons eu besoin de passer par le cauchemar électronique de Qualandia

est-ce la fin du conflit ....

J4 : nous sommes montés avec d’autres missions à Naleen (ou Nil’in, NDLR), village qui vient de démarrer une lutte contre le mur . Nous sommes à peine arrivés que cela pète dans tous les sens et nous sommes aveuglés et nous étouffons sous les lacrymos.

Baptême du feu pour les non initiés mais les orléanais font face…

A la fin de la manif, surprise nous rencontrons notre ami de Bil’in Mohamad, qui visiblement coordonne ces actions. Nous tombons dans les bras.

Il nous emmène voir le premier ministre palestinien qui est venu soutenir la manifestation et nous assistons en direct à la réconciliation entre le Hamas le Fatah et le courant du docteur Barghouti : l’union nationale est des nouveau à l’ordre du jour contre l’occupation. Viva de joie dans la salle.

Naleen est un village intéressant. Le maire est Hamas car le précédent du Fatah est parti avec la caisse de l’hôpital : les gens ont voté Hamas contre la corruption. Le maire de cette ville est né dans la ville, il a instauré la transparence des comptes et personne ne peut détourner de l’argent : l’hôpital refonctionne.

Les habitants nous disent « nous ne sommes pas des terroristes ni des intégristes, dites-le au monde »

Demain nous filons sur Bil’in

Notre mission fonctionne très bien en démocratie directe et nous sommes tous satisfaits.

J5 : Bil’in

Nous retrouvons les internationaux et les palestiniens avec plaisir, sans entrer dans le détail forte présence de la ccippp comme la veille.

C’est très bien de se retrouver avant et après, de confronter les expériences

Notre groupe d’Orléans a manifesté aux côtés de femmes et d’enfants palestiniens. Les plus jeunes sont en avant.

L’armée balance les gaz de derrière le mur en barbelé et, quand les palestiniens s’accrochent aux grillages, tire avec les balles en caoutchouc à bout portant.

Les gaz lacrymo aveuglent les femmes et les enfants. Nous avons épuisé notre stock de collyre pour les soigner et rassuré les enfants.

Les femmes sont d’une dignité formidable.

Ce matin comme hier cette manif fait la une des journaux arabes et il est beaucoup question des internationaux

Le soir, une copine étant malade (sans gravité), nous descendons de nouveau à Ramallah.

Nous sommes invités à manger par l’épicier de notre quartier : il nous raconte son histoire, classique hélas, les parents encore vivants ont été expulsés d’Haïfa en 1948, leur maisons prises par les israéliens. Ils ne sont jamais retournés là-bas.

Lui a travaillé 26 ans dans un hôtel à Jérusalem et puis, il y a 16 mois, interdiction de travailler, chômage puis épicerie où il bosse de 6 h à 3 h du matin le lendemain, 7 jours sur 7 pour faire vivre la famille visiblement heureuse de nous recevoir.

Pour eux il y a trop de gens riches à Ramallah autour de l’Autorité Palestinienne alors que certains palestiniens ne mangent pas correctement.

On sent un grand rejet des partis politiques, du Fatah, d’Abous Mazen (Mahmoud Abbas), de l’Autorité Palestinienne. Une grande envie de nous parler et de venir en France

Voila, ce soir nous filons à Askar

J6 :

Nous avons visité le centre pour enfants handicapés au sein du centre culturel d’Askar ; travail remarquable vis à vis des enfants handicapés.

Visite du camp d’Askar ; beaucoup d’émotion devant la pauvreté des conditions de vie et les récits des assassinats d’enfants du camp par l’armée d’occupation, les récits des palestiniens qui ont fait de la prison dès l’âge de 13 ans (en rétention administrative, sans jugement, sans savoir vraiment pourquoi).

Certains jeunes sont brisés mais la force de vie est dominante dans la population palestinienne grâce à la danse, à la vie de famille, à l’humour, a l’éducation.

Hier soir, visite de la vielle ville fascinante ; beaucoup de désespoir car elle se meurt du fait de l’occupation.

Un vieil homme nous fit visiter sa maison, magnifique demeure au cœur de la vieille ville mais un peu en ruine du fait du manque de moyen pour rénover.

Beaucoup d’émotion devant les photos des martyrs assassinés, familles avec enfants ou résistants de la lutte armée.

Que cette ville pourrait être belle sans ces barbares qui chaque nuit viennent la piller, notamment les mosquées : le pillage des mosquées est une nouvelle stratégie d’humiliation de la puissance coloniale occupante. Que dirait le monde si des synagogues étaient ainsi pillées et fermées dans l’irrespect des croyances car oui, l’armée donne l ordre de fermer des mosquées, des centres de soins et des supermarchés dans une totale impunité.

J7 : Ce matin nous avons vu les enfants danser pour nous et cela a renforcé notre conviction de faire la tournée certainement avec Lyon. Il faut que les élus locaux orléanais qui ont promis de soutenir cette tournée s’engagent désormais vraiment.

Nous avons visité la nouvelle université de Naplouse : splendide rencontre avec des étudiants en français

J8

Hier soir dimanche nous sommes allés voir un endroit touristique mais sans touristes, un lieu avec piscine, figuiers : le paradis.

Les gens se sentent abandonnés y compris par l’autorité palestinienne qui ne vient pas jusqu’à ce lieu pou le développer.

Le soir nous allons manger chez le père d un jeune journaliste qui nous reçoit généreusement. Il tient à ce que nous soyons les porte parole du pacifisme du peuple palestinien qui selon lui ne veut que l’application du droit international et des droits humains.

Ce lundi 14 juillet, réveil pénible : les militaires israéliens ont envahi le camp et arrête l’oncle d’un de nos hôtes. Nous avons entendu le témoignage bouleversant de la mère d’un prisonnier en prison depuis la première intifada, blessé et handicapé à la suite de blessure par balle.

Elle est obligée d’aller le voir en prison loin en Israël. Elle ne peut le toucher et ne peut que lui parler au téléphone à travers une vitre. Elle a pleuré pendant le récit.

Nous avons ce jour visité le camp de Balata, le plus vieux et le plus grand camp de réfugiés de l’ONU. 26 000 personnes s’entassent dans un camp de 1 km de long prévu au départ pour 5 à 6000 personnes en 1952. L’eau et l’électricité ont été installées seulement vers 1990.

3 écoles, 3 hôpitaux, une petite maternité.

Le problème est un taux de chômage de 70 pour cent.

La promiscuité ne permet quasiment aucune vie privée

Cet après-midi, nous partons sur Jenin

Lundi 14 juillet avant de partir sur Jenin nous avons été dans un centre commercial qui va être fermé par décision de l’autorité militaire.

Le directeur du centre commercial nous a expliqué que le prétexte est que ce centre qui ressemble aux nôtres en France comme Orléans la place d’Arc servirait à financer le Hamas. Nous avons visité ce centre l’après midi le premier ministre palestinien est venu soutenir les manifestations contre.

Le Hamas est le diable absolu qui sert de prétexte (car terroriste) à toutes les atteintes aux droits de l’homme, à le destruction de l’identité palestinienne, à l’étranglement, de l’économie

Le Hamas permet de faire oublier les atteintes permanentes aux droits humains, la course à la colonisation, la barbarie de ceux qui détruisent les maisons ferment les mosquées, torturent dans les prisons des adolescents.

Ce prétexte doit être dénoncé avec force par le mouvement de solidarité et la boussole sont les droits humains ; ici pas une famille qui n’a ou n’a eu un prisonnier, un tué ou un blessé ; les garçons sont arrêtés dès l’âge d 13 ans, mis dans des cellules de 1 m sur 2 par exemple.

Le droit international, les droits humains ne sont pas négociables. Si nous lâchons ici, nous lâcherons demain par exemple pour les sans papiers ou le droit du travail.

L’après-midi, nous sommes allés à Jenin : visite du camp reconstruit après le terrible massacre de 2002.

Nous avons aussi visité le freedom theater qui est devenu un centre de référence pour la musique, y compris moderne, à Jenin.

Nous avons aussi rencontré avec plaisir Youssef et Nadia qui supervisent la construction d’un centre Darna à Jenin

Nous ne pouvons transmettre les mille attentions dont font preuve les palestiniens pour nous recevoir.

Nous nous rendons compte de l’atomisation en individu consommateur que veut faire de nous la société capitaliste, en opposition à la solidarité que développe la société palestinienne qui, j’en suis sur va peu à peu trouver les moyens de s’organiser en dehors des partis actuels non contre eux mais à côté pour résister.

« Je ne détaille pas mais l’utilité des lieux comme Darna est fondamentale » (Amjad)

Il faut aussi montrer la vie palestinienne : nos hôtes sont joyeux, jamais abattus, même après une arrestation d’un des leurs.

Cela fait 60 ans que cela dure et ils ont le sentiment très fort qu’ils seront rétablis dans leurs droits dans une, deux, trois ou 4 générations ; peu importent les souffrances peu importent les sacrifices, les mômes sont partout nombreux et joyeux.

Israël ne pourra détruire l’âme d’un peuple, les idées d’un peuple et un peuple tout entier. Il est évident que va se faire peu à peu la jonction entre tout le peuple palestinien, ceux de 1948 les refugiés puisqu’Israël se veut de plus en plus une « société démocratique » mais uniquement pour sa population juive …

J9

Les autorités israéliennes veulent fermer un important centre commercial au centre de Naplouse : motif, il servirait à financer le Hamas.

C’est une stratégie d’asphyxie économique pour faire fuir les habitants, plus de 25 000 emplois ont été transférés ainsi vers Ramallah.

Nous assistons à un meeting de protestation des employés de ce centre commercial qui vont perdre leur emploi, soutenu par la municipalité de la ville. La présence des internationaux est appréciée.

Le directeur de ce centre est en prison pour faire pression. Les commerçants et travailleurs sont très en colère. Les magasins ferment peu à peu à Naplouse.

C’est de notre point de vue une lutte à soutenir, à faire connaitre au même titre que la résistance pacifiste de Nil’in et Bil’in. Dès notre retour nous publierons les photos de cette lutte là.

L’après-midi, dans le camp de Balata, témoignage d’un réfugié de 1948 qui nous raconte la Naqba, sa Naqba. Avec sa famille, ils ont erré de villages en villages puis sont arrivés dans ce camp construit en préfabriqué par l’ONU, sans eau ni électricité au départ.

Ils ont lutté contre la construction de ce camp qui pour eux voulait dire la fin du droit au retour à Jaffa, leur ville d’origine.

Moment émouvant où le vieil homme nous dit avoir voulu revoir sa maison à Jaffa. Ils se sont retrouvés à Jaffa au commissariat de police comme des gangsters au nom de la sécurité ... impossible de revoir sa propre maison.

J10

Le matin nous visitons le centre au sein du centre social pour les handicapés. Les spécialistes du groupe en santé repèrent les manques, non pas en matériel mais en adaptation de matériel pour notamment les personnes atteintes d’infirmité motrice cérébrale. Nous visitons une petite fabrique de fauteuils roulants et voyons la débrouille palestinienne qui peut fabriquer des fauteuils à partir de récupération le matériel ne manque pas, mais l’argent pour les familles qui doivent payer lui manque.

Nous repartons avec l’idée d’une autre mission axée sur le médical et sur l’adaptation du matériel plus que sur l’achat de matériel. Si vous avez des ergo des kinés et des toubibs qui veulent bosser sur ce thème avec handicap international et hagar, dites-leur de nous contacter.

L’après-midi, retour vers Ramallah en passant vers ce check point honteux à la sortie de Naplouse où nous sommes comme des animaux. On a la rage vraiment de voir comment sont humiliés les palestiniens. Les soldats israéliens nous souhaitent good trip après avoir passé nos sacs dans la machine. La machine est un camion qui produit des rayons X pour les bagages. La machine est le nom donné à ce camion par les palestiniens.

Sur le chemin du retour presque toutes les collines sont occupées par des colonies. Pendant que cela négocie, on se demande quoi entre l’Autorité Palestinienne, Abbas, Olmert, les israéliens construisent partout à fond et sans arrêt

On se demande bien ce qu’Abbas peut négocier à part un mini état autour de Ramallah où là visiblement l’argent coule à flot pendant que se meure le nord de la Palestine et le sud à Hébron.

Nous avons rencontré des internationaux dont Marianne Blum qui part sur Gaza et tous sommes frappés par cet écart entre Ramallah et le reste de la Cisjordanie. Comme dit la courageuse Marianne, le soutien doit être lucide et non aveugle. Pour beaucoup, dit-elle nous avons joué la pièce du soutien inconditionnel avec l’URSS et nous ne rejouerons pas pour être efficace la pièce une deuxième fois avec la Palestine.

Marianne Blum est une belge juive qui a vécu 10 ans à Gaza et qui y retourne.



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