2 septembre 2010
   
Partir en Palestine, agir, témoigner, rompre l'isolement : des citoyens avec le peuple palestinien
 
 
 
 
Accueil Informations
 
Imprimer Imprimer la page Partager Partager URL doc Syndiquer tout le site Syndiquer tout le site URL doc
L’histoire n’a pas commencé avec les Qassam

Amira Hass (Haaretz)
publié le mardi 20 janvier 2009.

Haaretz, 14 janvier 2009

www.haaretz.co.il/hasite/spages/1055376.html

Version anglaise : History did not begin with the Qassams

www.haaretz.com/hasen/spages/1055241.html

L’histoire n’a pas commencé avec les Qassam. Mais pour nous, Israéliens [juifs], l’histoire commence toujours au moment où les Palestiniens nous font souffrir et la douleur est alors totalement sortie de son contexte. Nous pensons que si nous occasionnons aux Palestiniens une douleur décuplée, ils finiront par retenir la leçon. Et il y en a pour appeler cela un succès, un exploit, une prouesse.

Néanmoins, la « leçon » reste une abstraction pour la majorité des Israéliens. Les médias israéliens ont prescrit à leurs consommateurs une diète stricte à la fois pauvre en information et pauvre en matière de vérité mais riche en généraux et leurs imitateurs. Pleins de modestie, ils ne font pas valoir les exploits : les enfants tués et les corps qui se décomposent sous les décombres ; les blessés qui meurent lentement en perdant leur sang parce que nos soldats ouvrent le feu sur des équipes de secours ; les gamines qu’il a fallu amputer des jambes à cause de blessures terribles dues à toutes sortes d’armes inquiétantes ; les pères bouleversés et en pleurs ; les quartiers d’habitation qui ont été rasés ; les terribles brûlures dues au phosphore blanc ; ou encore le transfert en petit avec des dizaines de milliers de personnes ont été expulsées ou qui sont expulsées en ce moment même de leurs maisons avec pour ordre de se concentrer dans un espace bâti qui ne cesse de se réduire et qui, lui aussi, est condamné à être bombardé sans arrêt.

Depuis l’instauration de l’Autorité Palestinienne, la machine israélienne des porte-parole n’a cessé de grossir la menace militaire que les Palestiniens faisaient peser sur nous. Et lorsqu’ils passent de la pierre au fusil ou du cocktail Molotov à l’attentat suicide, de la charge explosive placée en bord de chemin au Qassam et du Qassam au Grad, et de l’OLP au Hamas, on dit chez nous, en claironnant victoire : « On vous l’avait bien dit. Ce sont des antisémites. » Et puisqu’il en est ainsi, il nous est permis de nous déchaîner.

Ce qui rend possible le déchaînement militaire israélien – dont le dictionnaire que je possède n’offre pas de mots pour le décrire – c’est le processus graduel d’isolement de Gaza. Cette coupure a transformé les Gazaouis en objets abstraits, sans nom ni adresse à l’exception de celle des hommes armés, et sans Histoire en dehors des dates que les gens de la Sûreté israélienne (Shabak) fixent pour eux. Le blocus de Gaza n’a pas débuté quand le Hamas a pris le contrôle des organes de sécurité dans la Bande de Gaza, ni quand Gilad Shalit a été capturé, ni quand le Hamas a été élu lors d’élections démocratiques. Le blocus a commencé en 1991, avant les attentats-suicides, et depuis lors, il n’a cessé de se sophistiquer pour atteindre son sommet en 2005.

La machine israélienne des porte-parole a joyeusement présenté le désengagement comme l’abolition de l’occupation, en ignorant effrontément les faits. L’isolement et le bouclage ont été présentés comme une nécessité militaire. Mais nous sommes tout de même de grands enfants et nous savons que la nécessité militaire et les mensonges constants servent des objectifs politiques. L’objectif d’Israël était de faire échouer la solution à deux Etats que le monde espérait voir se concrétiser avec la fin de la guerre froide en 1990 – une solution qui n’était pas parfaite mais à laquelle les Palestiniens étaient alors prêts.

Gaza, ce n’est pas une puissance militaire qui aurait attaqué un petit voisin n’aspirant qu’à la paix, Israël. Gaza est un territoire qu’Israël a envahi en 1967, en même temps que la Cisjordanie. Ses habitants font partie du peuple palestinien qui a perdu sa patrie et sa terre en 1948.

En 1993, Israël a eu une occasion en or, une occasion unique, de démontrer au monde que ce qu’on disait de lui n’était pas vrai. Qu’il n’est pas un Etat colonialiste par nature. Qu’expulser un peuple de sa terre, chasser des gens de leurs maisons, voler des terres palestiniennes pour y installer des Juifs, ne constituait pas le fondement de son existence et de son essence. Dans les années 90, Israël a eu une occasion de démontrer que 1948 n’était pas son paradigme. Israël a manqué cette occasion, en ne faisant que perfectionner sa méthode de vol des terres et d’expulsion hors des maisons et en entassant les Palestiniens dans des enclaves coupées les unes des autres. Aujourd’hui, en ces jours sombres, Israël démontre que l’année 1948 ne s’est pas encore achevée.

(Traduction de l’hébreu : Michel Ghys)


Amira Hass (Haaretz)

Haut   Accueil
 
Ce site offre une vaste information issue de différentes sources et auteurs pour aider le public à se former librement une opinion. Les articles publiés ne reflètent pas obligatoirement les opinions de la CCIPPP, qui dénie toute responsabilité dans leurs contenus, lesquels n'engagent que leurs auteurs ou leurs traducteurs. Nous restons très attentifs à toute proposition de correction.

Le contenu de ce site peut être librement diffusé aux seules conditions suivantes, impératives : mentionner clairement l'origine des articles, le nom du site www.protection-palestine.org ainsi que celui des traducteurs. Site réalisé par : CCIFP