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Une critique palestinienne de la Conférence de Durban

Haidar Eid- Palestine Chronicle
publié le mercredi 6 mai 2009.

Nous, Palestiniens, en avons vraiment marre de la soi-disant « communauté internationale ». C’est sur la force du peuple qu’il nous faut compter, comme ce fut le cas dans l’Afrique du Sud de l’apartheid...

Répression d’une manifestation de Palestiniens en Israël.

« Il n’est aucun document de civilisation qui ne soit dans le même temps un document de barbarie » Walter Benjamin

La Conférence d’examen de Durban qui s’est tenue à Genève du 20 au 24 avril était censée examiner comment avait été mis en oeuvre le Programme d’action de la Conférence mondiale contre le racisme de 2001, à Durban en Afrique de Sud.

Certains pays occidentaux ont boycotté totalement la conférence, d’autres l’ont quittée pour protester contre le discours d’Ahmedinejad où celui-ci osait réaffirmer l’évidence, à savoir le racisme inhérent à l’idéologie sioniste. Ces pays sont, par leur histoire, des pays racistes ou colonialistes. En fait, la conférence elle-même avait été récupérée par l’Occident. Les voix palestiniennes ont été quasiment inexistantes.

Pour ces pays, le problème majeur était l’assimilation du sionisme au racisme. Et nous nous trouvons là devant une question complexe, où l’on voit un colon qui nie son colonialisme et prétend le contraire, et une victime dont la victimisation a été niée pendant des décennies. Il fallait analyser cela minutieusement.

Le conflit en Palestine oppose une partie coloniale, Israël, et une partie colonisée, plus faible, les Palestiniens. Le problème avec ce qui nous a été présenté par ces pays qui ont boycotté la Conférence d’examen de Durban (CED), c’est qu’ils le faisaient en prétendant vouloir « marquer un équilibre ». Mais, comme Ilan Pappe le fait valoir justement, l’« équilibre des pouvoirs » qui domine ce discours ignore le fait que les Israéliens ont colonisé toute la terre et toute l’histoire. Dans son introduction de La question Israël/Palestine, Pappe soutient : « la partie la plus forte a le pouvoir d’écrire beaucoup plus efficacement l’histoire. Israël, la partie puissante, est un Etat dont l’appareil a été employé avec succès pour propager son récit devant une opinion extérieure. La partie plus faible, les Palestiniens, est engagée dans un combat de libération nationale ».

Dans un mépris extrême pour le peuple palestinien, Golda Meir - ancien Premier ministre israélien - a autrefois déclaré : « Il n’y a rien ici qui ressemble à des Palestiniens... Ils n’existaient pas. ». De toute évidence, la création d’un Etat indépendant souverain dirigé par une majorité issue d’élections parlementaires avant 1948 aurait signifié la fin du sionisme car cela aurait conduit à la règle de la majorité. On voit alors clairement pourquoi le sionisme s’est battu contre la création d’une assemblée législative représentative en Palestine historique. Cette assemblée aurait représenté la majorité arabe, ce qui était un danger mortel pour le sionisme. L’objectif politique du sionisme fut d’œuvrer à une modification de la population pour que la minorité devienne majorité. Une immigration juive massive et l’expulsion des Palestiniens ont été le moyen d’atteindre cet objectif. Inévitablement, l’expropriation des terres est allée de pair avec le refus des droits de la majorité palestinienne. Les sionistes ont toujours considéré les Palestiniens comme des gens invisibles sinon absents, ou plutôt comme des « présents absents ». Les droits humains et politiques de base des Palestiniens ont été complètement récusés étant donné que le sionisme, en principe, ne pouvait leur permettre d’exercer leurs droits puisque cela aurait signifié la fin de l’entreprise sioniste.

Ce qui doit être souligné dans ce contexte, c’est que, contrairement à ce qui était au centre de la pensée libérale moderne, la notion de citoyen en Israël est totalement absente. Israël est le seul Etat du monde « moderne » où citoyenneté et nationalité sont deux concepts séparés, indépendants. En d’autres termes, Israël n’est pas l’Etat de tous ses citoyens, mais celui de la population juive. De plus, Israël n’a pas de constitution. De sorte que la question qui a été éludée par ces pays qui ont boycotté ou récupéré la CED, c’est que, si le judaïsme est une religion et que cette religion est la base de l’existence d’un « Etat moderne », pourquoi l’Islam, le christianisme ou l’hindouisme ne le seraient-ils pas ? Ainsi, si on suit la logique du sionisme, il nous faudrait ne tenir aucun compte des accomplissements de l’humanité et des idéaux de la modernité puisque que ce qui est acceptable pour certains (par exemple, les juifs) ne l’est pas pour d’autres (les Palestiniens). Les questions les plus provocantes, en fait, interpellent les idées force libérales « universelles » et demandent pourquoi celles-ci ne s’appliquent jamais quand il s’agit d’Israël ? Peut-on imaginer les USA comme l’Etat des chrétiens protestants ?

Les Palestiniens en Israël sont considérés comme des étrangers dans leur propre patrie parce qu’Israël est défini par sa loi fondamentale comme « l’Etat de tout le peuple juif », c’est-à-dire pas comme l’Etat de tous ses citoyens. Ceci est le fruit direct du sionisme et de son idéologie de séparatisme. Autrement dit, il n’y a pas de place en Israël pour une intégration. Dans l’Afrique du Sud de l’apartheid, il n’était pas prévu que les Noirs partagent les droits politiques et le patrimoine culturel avec les Blancs. De la même manière, les Palestiniens sont des « étrangers indigènes », devenus des étrangers de naissance. Mais ils sont aussi l’ennemi par leur seule présence. Tout Palestinien est par définition une menace, du simple fait qu’elle est, ou qu’il est Palestinien.

Afrique du Sud de l’apartheid : place sur le banc réservée aux Européens ; Cisjordanie occupée : route coloniale réservée aux colons juifs. (1)

Les similitudes entre les deux Etats se reconnaissent dans leur politique sur la citoyenneté, dans leur utilisation de la détention sans procès et de lois restreignant la liberté de déplacements et le droit de vivre avec sa famille dans sa propre maison. Tout comme l’Afrique du Sud de l’apartheid n’accordait la nationalité qu’aux Sud-Africains blancs et reléguaient les Noirs dans des « bantoustans indépendants », le sionisme donne aux juifs le droit à la nationalité dans l’Etat d’Israël mais il la refuse aux Palestiniens - ses habitants indigènes. Alors que l’Apartheid se basait sur la race pour déterminer la nationalité, l’Etat d’Israël se base sur l’identification religieuse. Tout comme l’Etat d’apartheid se donnait une législation criminalisant le déplacement libre des Noirs sur leur terre ancestrale, Israël utilise une infrastructure d’occupation militaire composée de check-points, de colonies et de routes réservées aux juifs, et du Mur, infrastructure combinée avec une myriade de règlements juridiques qui gèrent la vie quotidienne des Palestiniens et sont spécifiquement conçus pour limiter leur mode de vie et de travail.

Au fil des années, Israël a été accusé d’être pire encore que l’Etat d’apartheid et ce, par des Sud-Africains comme l’archevêque Tutu et John Dugard, parmi d’autres. L’une des différences majeures entre les crimes du régime d’apartheid sud-africain et ceux d’Israël est - comme en témoigne le simulacre de la CED - comment Israël échappe à la justice avec une impunité sans précédent. Israël n’aurait pu se livrer à ses massacres sur le peuple de Gaza sans le feu vert de la communauté internationale. Un soldat israélien a tenu ce propos à Ha’aretz (quotidien israélien) : « C’est ça qu’est si agréable à ce qu’il paraît à Gaza : tu vois quelqu’un sur une route, il marche au bord de la route. Il ne doit pas être armé, t’as pas à te poser de questions, c’est pas difficile, tu l’abas. »

La contradiction entre les soi-disant idéaux et les comportements actuels, qui furent les moteurs de changement politique en bien des endroits, n’existe pas pour beaucoup d’Israéliens parce que le principe démocratique, ou la démocratie civique, est absent. Pour l’égalité de tous les citoyens, il n’y a rien à attendre de la culture et de la praxis politiques israéliennes. Bref, il n’y a aucune tradition de libertés civiles en Israël parce qu’une telle tradition signifierait la fin du sionisme. Si Israël appartenait à tous ses citoyens, ce serait la fin de l’Etat sioniste. Par conséquent, l’hostilité de l’establishment aux appels à la création d’une institution démocratique laïque se comprend. Quand l’Afrique du Sud s’est déclarée l’Etat de tous ses citoyens, l’apartheid a pris fin. Il y a donc une contraction évidente entre l’esprit sioniste et les idéaux démocratiques. Le système sioniste est très manifestement incompatible avec la démocratie, ce qui découle du problème colonialiste et de la présence des Palestiniens.

Le conflit a été présenté, sous un angle faussé par les médias dominants CNNisés et propriétés de ceux qui ont décidé de boycotter la CED, comme une « guerre » entre « deux côtés ».

En réalité, comme je l’ai soutenu, et comme le défunt intellectuel palestinien Edward Saïd l’a dit, il n’y a pas deux côtés impliqués dans la « violence » au Moyen-Orient. Il y a un Etat colonial qui retourne toute sa force immense contre un peuple sans Etat, plusieurs fois réfugié, un peuple dépossédé, privé d’armement, dans le but de détruire ce peuple. Que reste-t-il au peuple palestinien après que la quatrième - certains disent la troisième - armée la plus puissante au monde, avec sa marine et son aviation, a bombardé la Cisjordanie et la bande de Gaza ? Dix ans de « négociations » n’ont fait que créer des bantoustans, et quand les Palestiniens ont demandé l’application du droit international (à Camp David), ils ont été accusés d’avoir gâché les « offres généreuses » d’Ehud Barak.

Les Palestiniens ont fait les frais des assauts de missiles par les troupes israéliennes, et leurs réservistes, planquées dans leurs hélicoptères, leurs navires de guerre, leurs F16 et leurs chars d’assaut (Gaza 2009). De façon générale, les gouvernements occidentaux ont considéré l’assassinat de Palestiniens par les missiles des chars d’assaut et des avions comme « légitime », alors que les actes de la résistance palestinienne sont des « agressions terroristes ». Israël par conséquent avait le feu vert pour mener ses attaques génocidaires contre les Palestiniens dont la mort est considérée comme un dommage collatéral. L’administration de Barak Obama n’a aucun projet équilibré pour résoudre la crise au Moyen-Orient. Tout ce qu’ont fait ces Américains qui ont été envoyés dans la région fut d’arriver à un cessez-le-feu aux conditions israéliennes et sans le rattacher à un programme politique clair basé sur les résolutions du Conseil de sécurité et la légitimité internationale. Naturellement, le résultat logique de ce parti pris, voire de la position hostile de l’Amérique, et du manque de volonté à rechercher la paix et une solution justes, est catastrophique.

Nous, Palestiniens, en avons vraiment marre de la soi-disant « communauté internationale ». Durban II a-t-il été un échec ? Eh bien, si nous croyons encore dans le rôle des gouvernements occidentaux, spécialement de ceux qui ont un long héritage colonial, pour jouer un rôle positif vis-à-vis des droits inaliénables du peuple palestinien, alors c’est que nous nous faisons des illusions. C’est sur la force du peuple qu’il nous faut compter, comme ce fut le cas dans l’Afrique du Sud de l’apartheid, où une campagne de « Boycott, de Désinvestissements et de Sanctions » (BDS) mondiale persistante a contraint ces mêmes gouvernements à boycotter le régime raciste de Pretoria. Durban II a montré que l’Empire était le même, que ce soit avec Bush ou avec Obama. Patrice Lumumba l’a dit autrefois : « Je sais que l’histoire dira un jour ce qu’elle a à dire, mais ce ne sera pas une histoire écrite à Bruxelles, Paris ou Washington, ce sera la nôtre. »

Ce dont il faut nous occuper d’urgence aujourd’hui, c’est d’un programme alternatif, nécessairement dialectique et laïc dans son traitement des questions palestiniennes et juives, une alternative qui jamais ne renie les droits d’un peuple, qui garantisse l’égalité et qui abolisse l’apartheid, les bantoustans et la séparation, totalement en Palestine.

1) - Afrique du sud : photo Ernest Cole, site blog.zphoto ; Cisjordanie : route vers la colonie Ariel, en Cisjordanie, près du village palestinien de Marda, photo Palestine Chronicle.

Le Dr Haidar Eid est maître de conférence au département Littérature anglaise de l’université Al-Aqsa, Bande de Gaza, Palestine. Le Dr Eid est membre fondateur du Groupe pour un seul Etat démocratique (ODSG) et membre de la Campagne palestinienne pour le boycott universitaire et culturel d’Israël (PACBI). Il a rédigé cet article pour Palestine Chonicle.com, article qui a été publié sur OpenDemocracy.net.

Gaza, le 1er mai 2009 - Palestine Chronicle - traduction : JPP


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