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Incertaine éducation... Hanan Awwad, directrice de l’école d’al-Khan aq-Ahmar : "Tout citoyen de Palestine a le droit de recevoir un enseignement, et cela comprend aussi les enfants bédouins"

publié le dimanche 23 mai 2010.

Palestine Monitor


Depuis septembre 2009, soixante-dix enfants de la communauté bédouine Jahalin d’al-Khan al-Ahmar, peuvent aller à leur école tout près de chez eux, entre Jéricho et Jérusalem. Mais apparemment, il n’est pas certain que ces enfants puissent assister à leurs cours si nécessaires l’année prochaine. A la fin de cette année scolaire, c’est-à-dire en juillet prochain, l’Administration civile israélienne décidera si leur école sera démolie ou non. Si cette menace se concrétise, les enfants seront privés de scolarité.

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Reem, Muna et leurs camarades de classes apprennent à faire de petites poupées.

Pour Reem, 12 ans, l’école d’al-Khan al-Ahmar a changé sa vie et lui offre un avenir. Elle le dit : « Auparavant, pour aller à l’école près de Jéricho, il fallait que je me réveille à 6 h 30 le matin. J’arrivais à mon école entre 9 et 10 h. Je rentrais à la maison vers 16 h, trois heures après la fin des cours. Aujourd’hui, il me faut 5 minutes pour aller à l’école. J’habite juste de l’autre côté de la route, à Alkanal Ahamer. Aussitôt après l’école, j’ai le temps de jouer et d’étudier davantage. Depuis que je n’ai plus à passer ma journée dans le déplacement, j’aime aller à l’école. Je profite de plus d’enseignement, en sciences, en mathématiques, géographie, anglais et arabe. »

En avril 2009, des volontaires internationaux, avec le soutien de certaines organisations, ont commencé ici la construction d’une école avec des vieux pneus de voitures, du sable et de la boue. La Coopération italienne pour le développement a équipé l’école de différents matériels, permettant ainsi à soixante-dix enfants des communautés bédouines, d’entre 6 et 12 ans, à recevoir un enseignement nécessaire et ce, depuis septembre 2009. Jusque-là, ces enfants bédouins devaient aller jusqu’à Jéricho ou Aziriya. Ces villes ne sont qu’à 25 km, mais le déplacement est lié à de nombreux risques. Parce que ce territoire est classé Zone C, Israël interdit aux cars scolaires immatriculés avec des plaques palestiniennes d’emprunter certains tronçons de ses routes. Les chauffeurs de cars ont été condamnés à des amendes quotidiennement, et finalement, ils ont cessé de rouler de crainte d’y perdre leur permis de conduire. Au cours des deux années passées, quatre enfants ont été tués sur le chemin de l’école, alors qu’ils essayaient de faire la route en auto-stop.

Alors que la vie de Reem, de sa sœur Muna et des autres enfants a été considérablement agrémentée depuis l’ouverture de l’école d’al-Khan al-Ahmar, leur avenir se trouve à nouveau compromis. Par l’ironie du sort, cette communauté Jahalin vit sur le lieu où prétendument la scène de la parabole biblique du Bon Samaritain a eu lieu. Contrastant de façon saisissante avec le juif blessé qui fut secouru par le Samaritain, les Bédouins et leurs enfants sont, eux, menacés par les colons juifs. Des décennies après l’arrivée des Bédouins dans cette région, c’est-à-dire après qu’ils aient été expulsés de leur désert du Néguev en 1948, les colonies de Ma’ale Adumim et Kfar Adumin ont été implantées par les colons juifs qui tentent maintenant d’effrayer les Bédouins avec le soutien de l’Etat d’Israël.

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Les murs de l’école et des sanitaires sont faits de vieux pneus, de sable et de boue.

Chaque tente, chaque cabane, et même chaque mosquée utilisée par les Bédouins sont sous ordres de démolitions. Dès le début, l’Administration civile israélienne, qui dépend du ministère de la Défense israélien, a interdit à la communauté toute construction, et elle garde dans sa ligne de mire toute structure qui serait construite illégalement, et même celles construites des années avant que l’Administration ne prenne le droit de surveiller l’usage de la terre.

Au moment où cet article est publié, l’entreprise israélienne Maatz, de l’industrie routière, est en train de creuser la colline sur laquelle est situé le village. Dans le cadre du traité de paix entre la Jordanie et Israël, celui-ci effectue l’élargissement de la route qui va de Jérusalem à Amman, aux dépens des Bédouins. Pour déplacer sa mosquée, la communauté bédouine n’a reçu qu’une petite indemnité, comme on donne une tétine à un bébé - et pas parce qu’Israël leur reconnaissait le moindre droit sur la terre.

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Hanan Awwad, directrice de l’école d’al-Khan aq-Ahmar : « Tout citoyen de Palestine a le droit de recevoir un enseignement, et cela comprend aussi les enfants bédouins ».

Conséquence de l’élargissement de cette route, l’école a dû démolir ses sanitaires. « Pour répondre à l’exigence du tribunal, nous avons dû réduire une salle de classe d’un mètre et demi, juste pour nous aligner sur la distance impérative de 70 mètres à partir de la route », explique la directrice de l’école, Hanan Awwad, qui dirige une équipe de cinq enseignants.

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Près du village bédouin, l’entreprise routière israélienne, Maatz, commence les gros travaux de construction.

« Pour notre école, l’ordre de démolition n’est pas encore appliqué. Le tribunal public a déjà demandé la démolition mais la Haute Cour l’a refusée. Maintenant, ce sont les colons qui veulent faire une nouvelle route qui traverserait l’école, juste pour la démolir de façon légale. La Haute Cour ne suivra cette position que si leur dossier s’intègre dans un vaste plan d’ensemble pour toute la région qui justifierait le caractère illégal de la construction et qui proposerait également des solutions pour les Bédouins et leurs enfants. »

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Pour l’élargissement de la route de Jérusalem à Amman, l’école a été contrainte de remplacer ses sanitaires et de réduire d’un mètre et demi une salle de classe.

Pour l’instant, l’Administration civile ne peut démolir les bâtiments, au moins jusqu’à la fin de l’année scolaire, en juillet, mais dans le cas d’une démolition, celle-ci doit être annoncée un mois à l’avance. Après cela, l’avenir des enfants et de leur école est incertain. « Même si l’avenir de l’école est imprévisible, ce qui est certain, c’est que nous, nous continuerons », martèle la directrice de l’école. « Tout citoyen de Palestine a le droit à recevoir un enseignement, et cela comprend aussi les enfants bédouins. Il est important qu’ils apprennent à écrire et à lire, de sorte qu’ils puissent avoir une vie meilleure que leurs parents. »

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Le village bédouin d’al-Khan al-Ahmar est situé en zone C. Sur le sommet de la colline, à gauche, la colonie de Kfar Adumim. A droite de l’école, un excavateur prépare l’élargissement de la route, prévu dans le traité de paix entre la Jordanie et Israël.

Reem espère bien aussi pouvoir aller à l’école d’al-Khaan al-Ahmar la prochaine année scolaire, à moins que l’Administration civile israélienne n’en décide autrement. « Jéricho est trop loin et c’est trop difficile d’y aller. »

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Pour déplacer leur mosquée, les Bédouins d’al-Khan al-Ahmar n’ont reçu qu’une petite indemnité de consolation.

20 mai 2010 - Palestine Monitor : http://www.palestinemonitor.org/spip/spip.php?article1411

photos : Florian Vande Walle

traduction : JPP pour la CCIPPP



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