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Iran-Israël : la principale menace pour la paix

Interview de Pierre Hassner par Régis Hutin (Ouest France)
publié le vendredi 9 juillet 2010.

mardi 06 juillet 2010

http://www.ouest-france.fr/actu/actuDet_-Iran-Israel-la-principale-menace-pour-la-paix-_3637-1435991_actu.Htm

Après les nouvelles sanctions mises en application, hier, contre le régime islamique, jusqu’où ira l’escalade ? Pierre Hassner, spécialiste des relations internationales, nous fait part de ses craintes. Entretien

Quel est aujourd’hui le principal danger pour la paix mondiale ?

C’est une attaque israélienne contre les installations nucléaires de l’Iran. On arrive au bout de la stratégie des grandes puissances, en particulier occidentales. Ayant déclaré depuis plus de cinq ans que la bombe iranienne était intolérable, elles se sont engagées dans la voie de sanctions de plus en plus fortes, qui sont restées sans effet sur la résolution de l’Iran et, semble-t-il, sur ses progrès en direction de l’arme nucléaire. Si ces progrès aboutissent, l’Occident perdra la face. Ce sera un grand sujet d’inquiétude pour les gouvernements arabes et, surtout, un danger perçu comme inacceptable par Israël. Celui-ci risque fort de prendre les devants en déclarant qu’il a assez perdu de temps en donnant leur chance aux négociations.

Quels seraient les résultats de cette action israélienne ?

Je doute du succès d’une opération chirurgicale comme celles menées jadis contre le réacteur irakien d’Ozirak et, plus récemment, contre une usine syrienne en construction. Les installations nucléaires iraniennes sont nombreuses, dispersées et camouflées. Même si les Israéliens croient connaître leur emplacement, ils se sont trompés à plusieurs reprises, ces dernières années, dans l’identification plus facile des dispositifs du Hezbollah au Liban ou du Hamas à Gaza. Il est beaucoup plus probable qu’un régime blessé, mais survivant, serait retardé dans son effort, qu’il ne poursuivrait qu’avec plus d’acharnement, d’imitateurs et de soutiens.

Surtout, les Iraniens qui combattent le régime de l’intérieur ou de l’extérieur affirment qu’une attaque militaire ne ferait que donner au régime une légitimité qui lui manque, en encourageant le nationalisme déjà puissant. Et puis, l’Iran risquerait de riposter sur Israël. Les États-Unis ne pourraient éviter de le défendre, s’engageant ainsi dans une troisième guerre, plus difficile, plus longue et plus étendue qu’en Iran et en Afghanistan, avec des retombées mondiales qui n’épargneraient personne.

Qui serait responsable de ce scénario-catastrophe ?

D’abord, bien sûr, les provocations délirantes d’Ahmadinejad et la politique iranienne plus générale consistant à rechercher une hégémonie régionale en faisant de la surenchère anti-israélienne par rapport aux gouvernements arabes. Ensuite, l’aveuglement d’Israël, dont la tradition stratégique consiste toujours à frapper le premier. Le complexe de la citadelle assiégée (syndrome de Samson ou Massada), de plus en plus répandu dans le peuple israélien, considère que la paix est impossible, que le monde entier est contre lui et qu’il n’y a pas d’autre solution qu’une sortie désespérée dans laquelle, au pire, il ne serait pas seul à périr. Enfin, les contradictions des puissances occidentales, en particulier des États-Unis : Obama est poussé par le Congrès et une partie importante de l’opinion américaine, soutenant Israël, à renoncer à ce qu’il voulait faire - amener la paix avec les Palestiniens grâce à une médiation plus impartiale - et entraîné vers ce qu’il ne voudrait surtout pas faire : la guerre à l’Iran.

Reste-t-il une chance d’arrêter cet engrenage catastrophique ?

Peut-être. Si, malgré ses multiples problèmes, Obama, d’une part, s’adressait solennellement aux Israéliens en affirmant que les États-Unis comprennent leurs angoisses et s’engagent sans réserves pour leur sécurité, mais refusent de se laisser entraîner dans une aventure suicidaire pour tous ; et si, d’autre part, il s’adressait secrètement aux Iraniens pour leur proposer un compromis : l’Iran deviendrait, comme le Japon et plusieurs autres pays, une puissance nucléaire « virtuelle » : il s’arrêterait au seuil du stade ultime consistant à rendre sa bombe opérationnelle militairement et à l’exploiter politiquement, « sous peine de susciter un armement nucléaire de ses voisins arabes soutenus par l’Occident », et renoncerait à sa campagne de menaces et de harcèlements. En échange, les États-Unis cesseraient leurs sanctions à leur égard, et ne rechercheraient plus à les faire condamner publiquement.

Peut-être une telle politique pourrait-elle diviser à la fois l’opinion israélienne, dont une partie importante ne croit plus à la paix, mais est réticente devant l’aventure guerrière, et le régime iranien dont certains maîtres et profiteurs pourraient vouloir limiter les dégâts, notamment économiques, si on ne leur demandait pas de capituler. Peut-être l’armement israélien et l’armement iranien pourraient-ils, dans un stade ultérieur, rentrer dans la légalité internationale et aboutir à un régime d’équilibre de la dissuasion et de maîtrise des armements au Moyen-Orient, en attendant une éventuelle zone dénucléarisée. Il est bien tard pour cela, mais le pire n’est pas toujours sûr.

Recueilli par François Régis HUTIN.


Interview de Pierre Hassner par Régis Hutin (Ouest France)

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